Quelques résolutions après la Nativité de Claude Bédat

      Noël est la fête de l'Espérance : supposons la crèche de la Nativité au sommet d'une colline : en regardant en arrière le chemin parcouru, le bilan nous pousse à passer au confessionnal pour repartir d'un bon pied ; en regardant vers l'Avant, depuis le sommet de Noël, nous osons faire des projets.

            Je vous conseille de prendre deux ou trois résolutions en envisageant d'emblée leur caractère sérieux si on lit la définition de l'irrésolution formulée par le philosophe français René Descartes (1596-1650) :  « l'irrésolution est une espèce de crainte qui, en retenant l'âme comme en balance entre plusieurs actions qu'elle peut faire, est cause qu'elle n'en exécute aucune ».

            Prenons à cœur cette mise en garde de Descartes et efforçons-nous de prendre quelques résolutions que nous voudrions voir aboutir. Dans cette étude, je prends pour modèle un écrit du poète indien Rabindranath Tagore (1861-1941) intitulé Prière.

 

Prière

1  -  Que je prie non pour être préservé des dangers

        Mais pour les regarder en face.

 

2  -  Et que je ne demande point l'apaisement de ma souffrance

       Mais le cœur qu'il me faut pour la surmonter.

 

3  -  Que je ne m'attende point à des alliés, sur le champ de bataille de la vie,

       Mais à ma propre force.

 

4  -  Que je n'implore point avec crainte pour être sauvé,

       Mais que j'aie foi en la patience pour conquérir ma liberté.

 

5  -  Accorde-moi de n'être pas ingrat,

       sachant qu'à ta seule miséricorde je dois mes succès,

       Mais si je succombe, que l'étreinte de ta main me secoure.

 

         Il est important de constater que le poète a lui-même structuré son texte en plaçant la conjonction Mais (qui indique une opposition) pour séparer les demandes de la prière, comme s'il voulait souligner deux catégories de prière fort différentes. Avant le Mais, on peut lire dans les cinq strophes une conception générale de la prière où le fidèle demande l'intervention de Dieu ou des amis pour agir à sa place : en 1, le fidèle demande d'être préservé des dangers ; en 2, l'apaisement de la souffrance , en 3 , de ne pas trop se fier à l'intervention d'amis, en 4, de ne pas prier parce qu'on a la crainte de ne pas être sauvé, en 5, d'acquérir l'humilité pour ne pas s'attribuer à soi-même le mérite du succès de nos prières.

            A l'opposé de ces prières faites par le croyant tourné de façon égoïste vers lui-même, Tagore présente une autre position en face de Dieu : l'homme essaie de passer d'une position passive à une position active où il espère une transformation de celui qui prie ; dans la strophe 1, il s'agit de se mettre en face des dangers pour les affronter ; en 2, de développer son cœur et ses forces pour surmonter la souffrance ; en 3, de s'appuyer sur ses propres forces pour vaincre les difficultés de la vie ; en 4, s'efforcer de développer et cultiver la patience qui engendre la liberté ; en 5, s'en remettre à Dieu si on a succombé à l'orgueil qui nous fait retomber dans une sorte d'égoïsme.

            Le poète Tagore nous permet d'envisager une autre forme de prière : ne pas s'adresser à Dieu seulement si on sent qu'on a besoin de Lui, (exemple : au moment de passer un examen), mais se transformer soi-même en progressant.

            Passer d'une prière passive à une prière active, devient un but à obtenir pour l'âme qui prie.

 

Claude Bédat     

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