Soyons proches de nos défunts de Claude Bédat

Cette méditation sur la mort est une anticipation des interrogations que nous devrons envisager un peu plus tard dans l'année, lors des premiers jours de novembre. L'homme s'est posé

sans cesse des questions sur les grands mystères : la vie, la mort, l'au-delà. Ces questions reviennent chez tous les grands écrivains et poètes et nous sommes heureux de citer quelques extraits de poèmes de Victor Hugo (1802-1885) auquel nous avons toujours prêté une grande attention.Dès juillet 1829, il écrit un poème publié dans les feuilles d'automne en 1831 où nous lisons :

« Et je me demandais pourquoi l'on est ici,

Quel peut être après tout le but de tout ceci,

Que fait l'âme, lequel vaut mieux d'être ou de vivre » :

 

            Il reprend le même type d'interrogation en 1837 dans un texte publié la même année, dans les voix intérieures.

« Quelle est la FIN de tout ? La vie ou bien la tombe ?

Est-ce l'onde où l'on flotte ? Est-ce l'onde où l'on tombe ?

De tant de pas croisés quel est le but lointain ?

Le berceau contient-t-il l'homme ou bien le destin ?

Sommes-nous ici-bas, dans nos maux, dans nos joies,

Des rois prédestinés ou de fatales proies ?

Ô Seigneur, dites-nous, dites-nous ô Dieu fort,

Si vous n'avez créé l'homme que pour le sort ?

 

            Ces interrogations montrent le sérieux et les inquiétudes de Victor Hugo qui écrivit de nombreux textes pour cerner le sens de la poésie et son importance dans la vie de tous les jours.

 

I  -  La question de la mort

            Il est vrai que la mort, tout comme la vie, restent des mystères sur lesquels nous savons peu de choses malgré tout ce qui a été écrit pour percer ces zones d'ombre. Nous n'arrivons pas à nous connaître, à savoir qui nous sommes (voir Ephata N° 550), et bien sûr nous ne connaissons pas les autres même nos très proches : souvent les époux éprouvent de grandes difficultés à dépasser le domaine de la vie sexuelle pour atteindre le centre de l'âme. Le silence s'installe et finalement  la mort arrive et c'est alors que l'on se rend compte que la vie aurait pu être quelque chose de créateur, mais à côté de quoi on est passé pendant des années. Il reste le regret d'une réunion inaccomplie, si bien que la mort apparaît comme un gouffre. Car la connaissance d'une intimité suppose l'enracinement de notre intimité dans celle d'autrui qui aboutirait à une authentique communauté d'âme. Si nous ne connaissons pas plus profondément les autres, c'est parce que nous ne devenons pas autrui et que nous restons enfermés en nous-mêmes, prisonniers de ce moi égoïste qui nous dirige si fortement.

            Y-a-t-il une solution ?

 

II  -  Changer la façon de questionner

            La solution au problème que pose la mort n'est pas de croire qu'on va vaincre la mort en espérant que certains morts vont revenir sur terre et nous informer de ce qu'ils ont vu et connu. C'est une grave illusion. Ce qu'il faut s'habituer à penser, c'est qu'il faut vaincre la mort ici-bas en transformant totalement le questionnement : le seul problème n'est pas de savoir si  nous vivrons,

et où, après la mort, mais si nous serons vivants avant la mort (cf N° 574 d'Ephata).

            En effet, la mort physique ne peut pas représenter en son entier tout l'événement de la mort et nous devons faire en sorte de transformer notre corps en le créant dans sa dimension humaine totale comme nous essayons de le faire avec l'esprit. Il faut cesser de suivre les enseignements des philosophes européens, comme Descartes, qui ont adopté la position des Grecs qui, depuis Platon, méprisent le corps qui ne serait que le serviteur de l'âme : le corps au service de l'âme.

            Reconnaissons que le corps est essentiel durant toute notre vie et qu'il faut lui accorder beaucoup de considération. Notre devoir est de recréer le corps et l'âme en nous libérant du moi possessif qui nous impose des idées et des notions préfabriquées. Si nous échappons à l'envoûtement de ce mois égoïste, alors nous devenons vraiment nous-mêmes dans notre pensée mais aussi dans notre corps (cf les N°s 545 et 571 d'Ephata). Nous devons transformer notre corps et l'éduquer à exprimer le plus intérieur de nous-mêmes au moins dans quatre domaines où il est particulièrement sollicité, à savoir la parole, la musique, la danse et la couleur. En fait, nous devons transformer ensemble notre corps et notre âme en nous libérant absolument du moi biologique, possessif et égoïste, en rappelant que le corps ne prend une expression humaine que s'il est traversé par la vie intérieure de l'esprit. Alors, c'est tout notre être, corps et âme, qui devient personne, origine, source et valeur.

            Quand nous avons peur de la mort, c'est que nous redoutons très fort qu'elle ne nous conduise pas à l'immortalité ; mais il faut reconnaître que l'immortalité est une valeur, une dignité tout comme la personnalité : elle ne peut nous être donnée toute faite, elle est en nous comme appel auquel nous devons répondre.

            Mais si l'on accepte l'importance de l'immortalité, la personnalité ne peut se révéler que  par une ascension continuelle, car il y a en nous un appel à glorifier notre corps pour en faire l'expression d'une vie créatrice et le témoin de la Présence de Dieu en nous. De cette façon nous ferons l'expérience non pas d'une mort subie, mais peu à peu vaincue à mesure que nous progresserons dans l'univers de la Personne qui coïncide avec la disparition du moi-objet tellement égoïste.

 

Conclusion

            L'important ce n'est pas ce qui se passera après la mort, cela reste un mystère, mais ce que nous déciderons de faire pour la vaincre. Ce n'est pas la parole de trépassés qui nous aiderait à comprendre à quel point notre vie mentale et notre vie corporelle ont besoin d'une totale intériorisation pour vaincre la peur de la mort.

            C'est vrai aussi que les fêtes liées au souvenir des morts nous obligent à reconnaître les fautes que nous avons commises à leur égard en n'étant pas assez attentifs à eux ni vraiment enracinés dans leur personnalité.

            J'aimerais vous citer en conclusion ce petit texte du poète français Jean-Claude RENARD (1922-2002) :

« Jamais les morts ne nous délaissent ni ne deviennent tout absence.

Ils prennent simplement, pour nous, comme au passage de frontières

capables de les dédoubler, une autre forme de présence ».

 

            Méditez ce texte : peut-être vous aidera-t-il à trouver une autre façon de perce voir vos morts, dont l'image devient de plus en plus floue avec l'écoulement du temps.

 

Claude Bédat

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