De quel Dieu parlons-nous ? de Claude Bédat

Beaucoup de chrétiens continuent de voir en Dieu un Être terrible, punisseur comme celui de l'Ancien Testament, et dont ils ont peur. Est-ce en raison du Jugement Dernier dont tous redoutent le résultat ? Mais alors, quel serait le rôle de Dieu tel qu'il a été révélé par le Christ dans le Nouveau Testament ? Il faut donc préciser : De quel Dieu parlons-nous ?

I  -  Le Dieu de l'Ancien Testament

            Individuellement, les Israélites avaient peur lorsqu'ils voyaient que Dieu s'intéressait à eux personnellement. C'est le cas d'Isaïe qui voit le Seigneur assis sur un trône et qui est plongé dans la peur qui l'amène à dire : « Malheur à moi, je suis perdu,... car mes yeux ont vu le roi, le Seigneur, le Tout-Puissant. L'un des Séraphins vola vers moi... il me toucha la bouche avec une braise et dit : « dès lors que ceci a touché tes lèvres, ta faute est écartée, ton péché est effacé » (Isaïe 6,1 à 8). Et Dieu peut alors dire à Isaïe qu'il le choisit comme prophète pour parler en son nom aux Hébreux.

            Le fait de voir Dieu provoque dans le peuple élu la même terreur qu'il ne peut surmonter. C'est la peur panique qui s'empare du peuple lorsque Dieu parle à Moïse et fait alliance avec Israël au désert du Sinaï : la rencontre a lieu dans une tempête marquée par des coups de tonnerre si bien que la réaction du peuple est un refus de participer à l'avenir à une scène aussi violente ; les Hébreux disent à Moïse « Parle toi-même et nous entendrons ; mais que Dieu ne parle pas, ce serait notre mort » (Exode 20,18 à 21).

            Cette conception d'un Dieu terrible est semblable à celle des peuples voisins, de Babylone ou d'Egypte, où les pharaons étaient des dieux, l'humanité a conçu la grandeur sous la forme de la domination. Devant le pharaon, le peuple n'était que poussière. Mais si le pharaon est dieu, Dieu est aussi un pharaon : cette image de la grandeur divine vengeresse va dominer toute l'histoire du monde. Telle était l'image que se faisaient de Dieu les Israélites.

II  -  La révélation du Christ

            Le Christ nous révèle que Dieu est dépouillement et Amour. Mais il n'avait pas été connu sous cet aspect parce que la révélation biblique de l'Ancien Testament n'envisageait pas Dieu en lui-même mais seulement dans ses rapports avec le monde. Le Christ nous révèle Dieu comme le Créateur, c'est vrai, mais bien plutôt comme cette richesse de la Lumière et de l'Amour qui fait de la vie divine une éternelle Donation. Si bien que les rapports de Dieu avec l'homme sont transformés, car si Dieu est vraiment cette liberté totale à l'égard de soi, il ne peut vouloir dans la création que des êtres libres, maîtres de leur destin et qui soient une réponse d'amour au Dieu tout Amour. La grandeur du Dieu de l'Ancien Testament, c'était de dominer, d'avoir des sujets ; nous sommes tous marqués par cette image de la grandeur, puisque nous aussi nous sommes dévorés par notre amour-propre, nous ne pensons qu'à nous mettre en valeur en faisant parler les autres à notre propos.

            Le coup de tonnerre dans la vie du Christ, c'est le lavement des pieds, lorsque Jésus se met à genoux devant ses disciples pour que nous apprenions ce qu'est la vraie grandeur : faire de soi-même une valeur intérieure, où l'on est transfiguré, où on puisse ouvrir à toute la Création un espace nouveau tout empli de générosité.

            Une nouvelle échelle des valeurs nous est révélée : le plus grand est celui qui donne le plus, qui donne tout, car Il n'est qu'Amour et ne peut qu'aimer. La grandeur n'est pas de dominer, Dieu n'a pas le goût de l'esclavage ; Dieu n'a pas de sujets, comme en possédait le pharaon. La Royauté de Dieu, c'est de nous toucher par sa liberté pour susciter la nôtre.

            Dieu n'est pas une limite, une menace, un interdit, une vengeance, mais l'Amour agenouillé qui attend le consentement de notre amour sans lequel le Royaume de Dieu ne peut s'établir.

            Lors du lavement des pieds, le Christ nous révèle le cœur de notre Dieu et nous fait entrer dans son amitié, car désormais il n'y a que des amis, le terme de serviteurs est banni.

Conclusion

            Pour nous chrétiens, il est du plus haut intérêt de comparer deux explications relatives au sacrifice du Christ en Croix. On a lu beaucoup de textes s'appuyant sur le juridisme le plus simple basé sur l'idée que l'offense faite à Dieu par les pécheurs était éternelle, infinie et que la réparation d'un tel outrage exigeait une victime infinie et que la victime toute désignée était le Fils de Dieu.

            La deuxième possibilité est de situer le sacrifice du Christ au cœur des rapports de personne à personne, au cœur du mystère d'amour où l'intimité de Dieu ne peut s'enraciner dans l'intimité du chrétien qu'avec le consentement de celui-ci.

            Avec sa Passion, Jésus vise à nous faire hommes et à ne rien subir, ni notre naissance, ni notre inconscient, ni notre mort : il faut que nous découvrions ce lien d'amour possible entre nous et l'existence humaine. C'est nos refus d'amour qui sont cause de la Crucifixion, c'est-à-dire toutes les fois où nous avons refusé les avances de Dieu à notre égard.

            Dieu prend tout sur Lui, comme la mère prend sur elle la misère de son enfant. Dieu accepte d'être mis en croix pour compenser nos manques d'amour.

            Et donc, nous devons aimer Dieu encore plus et compter sur son Amour et sa tendresse lors du Jugement dernier.

Claude Bédat

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