Le Signe de Croix - Claude Bédat

Le signe de croix est le signe du chrétien, mais, beaucoup d'entre nous hésitent parfois sur sa signification.
 
I - Jésus mis en croix : un ECHEC pour Dieu.
 
On a lu tant de discussions sur le sacrifice de la croix qui envisagent seulement l'intransigeance de Dieu le Père, qu'on a oublié le COEUR de Dieu qui s'offre à nous sans mesure sur la croix.
On a cherché le sens des sacrifices de L'Ancien Testamentet des religions païennes étrangères aux Hébreux, pour persuader les fidèles qu'il fallait rendre hommage à Dieu en lui sacrifiant des récoltes ou des animaux, car c'était ces offrandes qui exprimaient le mieux la souveraineté de Dieu. A la suite de ces démonstrations, on a voulu voir dans le sacrifice de la Croix l'exigeance terrible de la justice implacable du Père qui refusait de pardonner les péchés des hommes si on ne lui offrait pas du sang, non pas d'animal mais de son Fils, Jésus Christ. Vu de cette façon, le sacrifice de la Croix est un ECHEC pour Dieu. Les religieux importants du judaïsme, le petit peuple lui-même qui était favorable à Jésus durant les premiers mois de sa prédication, se sont détournés de Lui et Jésus s'est heurté à cette mentalité qui lui reprochait à Lui, le Fils de Dieu, de pécher contre la Loi, de désobéir aux commandements, de profaner le Temple, d'empêcher l'ac-complissement de la Promesse.
Partout sa Parole, qui apportait la liberté de Dieu, se heurtait aux concepts de la Loi, la TORAH, qui étaient pétrifiés en une série d'interdits.
Lui qui parlait de l'abondance de son cœur, était épié et surveillé par des spécialiste de la Loi, si bien qu'une incroyable perversion du DIVIN eut lieu alors, et elle est éclairée par la phrase que les pharisiens opposèrent au gouverneur romain Ponce Pilate,lorsqu'il déclara qu'il ne trouvait aucune culpabilité en Jésus : « Nous avons une Loi, dirent les pharisiens, et d'après cette loi il doit mourir, car Il s'est fait Fils de Dieu » (Jean, 19,6-7).
La Loi imposée par Dieu avait été si habilement et diaboliquement retournée que, d'après elle, le Fils de l'Homme devait mourir.
 
II - Jésus mis en croix : c'est le triomphe de l'amour.
 
Peut-on avoir un autre regard sur le sacrifice de la mise en Croix ? Il ne répond pas forcément à la justice impitoyable du Père, mais peut être considéré comme le contre poids à cette lourde mise en cause de l'inflexibilité du Père. Ce regard ne voit dans l'échec de Dieu, de l'Agonie du Christ,que la révélation d'un amour qui nous attend et attend de nous une indépendance absolue. Cet amour de Dieué choue si nous ne répondons pas à l'amour par l'amour : l'amour du Père est blessé dans sa tendresse pleine de générosité qui ne sait plus comment il pourrait communiquer avec l'homme. C'est cela,le sacrifice de la Croix : sur la Croix, Jésus est un Dieu qui meurt, désarmé, dans cet exil qui lui est infligé par nos refus d'amour ; c'est Dieu qui continue de nous attendre.
Lors du lavement des pieds(voir Ephata N°435), Jésus se met à genoux devant les apôtres parce qu'il veut, dans un dernier élan d'amour,mettre les disciples du côté de l'Amour, de la Rédemption, en les associant au Mystère où Il va s'enfoncer tout seul dans cette nuit terrible dans laquelle Il jette un appel désespéré : « Abba, Père, tout t'est possible, écarte de moi cette coupe. Cependant, non pas ce que je veux, mais ce que tu veux » (Marc,14,36). Mais ses disciples n'ont pas compris qu'il voulait les mettre en face du Dieu intérieur à eux-mêmes. Le sacrifice de la Croix présenté à Dieu le Père par son Fils n'a pas pour but de désarmer sa colère, mais de trouver une issue à son amour qui ne peut se communiquer à un monde qui le refuse.
Et la tâche de l'homme c'est de porter le fardeau du monde et de rendre sensible l'humanité entière à cette tendresse infinie du Père. Il faut sans cesse se rappeler les intentions et l'action de Dieu le Père dans l'Univers, tels qu'on les lit dans la Genèse et l'Exode ; Dieu est tout Amour, il ne cherche pas à nous soumettre comme un despote : il est l'amour que nous ne pouvons atteindre que par notre amour.
Il ne veut pas nous voir ANEANTIS devant lui : Il veut nous faire partager sa liberté et faire de nous ce qu 'Il est, c'est à dire un Amour universel, désintéressé, généreux.
Dieu n'est pas pour l'homme une menace, comme un gendarme qui attendrait à unc arrefour dangereux, pour nous jeter dans un piège et nous condamner.
 
Conclusion
 
Jusqu'à Jésus, l'humanité ne pouvait pas connaître le Vrai visage de Dieu ; elle s'imaginait vivre SOUS la domination d'une puissance qu'il fallait fléchir par le sang des sacrifices. Les hommes pensaient qu'il fallait se protéger contre la menace que représentait Dieu, alors que le vrai Dieu, c'est celui qui est menacé par nous.
Combien de temps faudra-t-il encore pour nous défaire de cette idole qui est la représentation de Dieu sous la forme d'une puissance qui domine et peut nous écraser ? Combien de temps nous faudra-t-il pour accepter que Dieu est désarmé, fragile, et que c'est nous qui le crucifions sans arrêt par nos refus d'amour ?
Comment envisager la contrition de nos fautes ? Cessons de comptabiliser les fautes commises et essayons de remplacer cette lourde addition par un regret total de tous les refus d'amour dont
nous avons été l'origine.
Arrêtons de nous tourner sans cesse vers le PASSE pour prendre un nouveau départ dans notre vie en décidant d'accepter que Dieu nous soit confié, et de regarder la Croix comme un appel de sa tendresse qui nous demande de lui offrir notre vie comme un espace de LUMIERE et d'AMOUR.
 
Méditation
 
Je termine cette analyse sur la ou les significations qui peuvent être proposées pour la mise en croix de Jésus, en vous demandant de réfléchir sur trois phrases en partant de l'interrogation :
 
« Qu'est-ce que l'homme ? »
 
1 - « L'homme est l'être que Dieu a aimé au point de donner son Fils pour le sauver » (Jean 3,16).
2 - « L'homme est celui qui trouve moyen de mettre à mort le Fils donné par le Père ».
3 - « L'homme est celui qui vit maintenant de la destinée du Christ, sur qui repose, après comme avant, l'amour de Dieu, mais aussi la responsabilité de la Rédemption sanglante ».
 
Ces trois réponses sont tirées du Nouveau Testament et peuvent servir de point de départ pour méditer et nous amener progressivement à l'adoration silencieuse de ce grand mystère en essayant de le comprendre et de le vivre.

Claude Bédat

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