Après la Passion du Christ

I – Peut-on connaître la personne de Jésus ?

Quand on cherche à approfondir la destinée de Jésus de Nazareth, on éprouve de l'inquiétude : un sort pareil est-il possible ? Deux mille ans sesont passés qui ont poussé à ne plus même s'étonner, ni à se scandaliser en lisant les événements de la Passion. Et pourtant ceux-ci tissent une série de questions regroupées autour de celle-ci : quelle est la nature réelle de la figure et de la vie du Christ ? Et quelle est la nature de la vie humaine qu'on doit essayer de réaliser si l'on veut être proche du Modèle proposé par Jésus ?

Nous devons assimiler la nature même du Christ, or de nombreuses conceptions ont vu le jour pour expliquer l'homme. Ainsi, pour connaître l'idée que l'Antiquité se faisait de l'homme, il faut étudier ses héros, ses mythes, ses légendes qui nous permettent de cerner une mesure commune : la volonté de puissance, de grandeur, de richesse, de gloire. En comparaison, le destin de Jésus est troublant : il enseigne, mais sans succès, même auprès de ses disciples; ce qu'il fait et ce qu'il subit portent un nom : c'est un échec total; la passion et la mort de Jésus sont torturantes et difficiles à supporter : les hommes du Moyen Age (12ème-13ème siècle) en avaient peur. Il n'est pas question de chercher dans sa vie ce qui caractérise l'idée de l'homme dans l'Antiquité, une existence de grandeur.

Mais tout reçoit un sens nouveau, car dans le Christ nous avons la possibilité d'une création nouvelle grâce à la Résurrection, puissant rocher du chrétien, et à l'Eucharistie qui est le mystère le plus aimé et respecté dans une civilisation chrétienne.

L'existence de Jésus nous oblige à modifier notre idée de l'homme, et aussi notrei dée de Dieu. A la question posée sur le Père, Jésus répond : « qui me voit, voit le Père » (Jean 14,9). Mais quelle est la nature de ce Dieu ? Quelle relation a-t-il avec l'Etre suprême des philosophes, la Vie universelle des religions hindoues, la sagesse du devenir qu'enseigne le taoïsme, le panthéon des dieux sereins des Grecs ?

Comment est le Dieu deJésus ? Quelle est la réalité divine qui se manifeste dans la personne et la vie de Jésus ?

Quel Dieu se révèle à travers ce Jésus qui échoue dans son action, qui ne trouve d'autres compagnons que ces pécheurs, qui est vaincu par une caste de théologiens politiciens, à qui on intente un procès et que l'on condamne comme illuminé et révolutionnaire ? N'oublions pas : ce que fait Jésus, Dieu le fait. Ce qu'il subit, Dieu le subit.

L'union de Dieu avec l'existence humaine de Jésus ne se termine pas à la mort de Jésus, nous croyons qu'il est ressuscité et que, pour tou-jours, Dieu restera un Dieu fait homme. C'est tellement INOUÏ, qu'on n'arrivera pas à concilier cette conception d'un Dieu fait homme avec la véritable divinité. Toujours se poser cette question : Que doit être Dieu pour se donner, en la personne de Jésus, une pareille existence ?

 

II – Le Christ : un Dieu qui est humble et qui aime

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La réponse qui se lit dans toutes les pages de l'Ecriture est celle-ci : Dieu doit être quelqu'un qui AIME.

L'Amour peut TOUT faire si Jésus prend une existence humaine, il pourra briser toutes les formes conventionnelles, son existence sera anormale : tout cela échappe à nos mesures. C'est cet amour qui est la seule réponse à la question : « Pourquoi Jésus est-t-ilmort ? Le pourquoi se trouve dans les mots prononcés parJésus la veille de sa mort : « Ceci est mon corps qui est livré pour vous, ce calice est la nouvelle alliance dans mon sang, qui est répandu pourvous » (Luc, 22,19). Livré pour vous, répandu pour vous, voilà où git l'explication qui revient dans les épîtres de Saint Paul et dans l'Apocalypse : Jésus Christ nous rachetés par sa mort.

L’amour du Christ est SÛR,et c'est par le Christ seulement que nous savons que Dieu aime jusqu'au pardon. Mais il doit y avoir en Dieu une autre réalité que le mot AMOUR ne suggère pas : il faut ajouter que Dieu est HUMBLE.

L'humilité ne va pas de bas en haut, son mouvement est inverse ; elle consiste en ce qu'un plus grand s'incline devant le plus petit respectueusement. C'est un grand mystère qui se manifeste aux yeux de celui qui pratique l'humilité, ainsi Saint François d'Assise qui ne fait que reproduire à sa manière le mystère de Jésus.

  Quand Jésus dit que Dieu a « caché les choses sainte saux sages et aux prudents, pour les révéler aux petits enfants (Luc 10,21) cela ne veut pas dire qu'il condamne l'orgueil en exaltant son contraire, mais qu'il regarde le néant de l'homme commeprécieux et plein de gran-deur. Le soir de la Cène, ils'est agenouillé devant lesApôtres et leur a lavé lespieds pour leur révéler lemystère divinde l'humanité et leur faire deviner la présence de Dieu en l'homme (Jean 13,4 et Ephata N°435).

Dieu, l'Eternel, le Magnifique, le Tout Puissant, doit être humble et prêt à se jeter dans ce petit, ce néant, ce homme obscur rencontré dans la rue. Nous retrouvons ici le sens du mystère car Dieu trouve à la petitesse un sens dont nous ne pouvons pas saisir la signification.

Saint Paul parle de ce mystère lorsqu'il écrit : « Bien qu'il fût dans la condition de Dieu, il n'a pas retenu avidement son égalité avec Dieu ; mais il s'est anéanti lui-même, en prenant la condition d'esclave, en se rendant semblable aux hommes, et reconnu comme homme partout ce qui a paru de lui, il s'est abaissé lui-même se faisant obéissant jusqu'à la mort et jusqu'à la mort de la Croix » (Paul, Phil 2,6-9). Dans cette phrase de Paul, se trouve la définition très précise de la KENOSE, c'est à dire l'entrée du Verbe divin dans l'impuissance de notre existence humaine en se dépouillant de sa qualité de Dieu. Voilà l'humanité deDieu, son mouvement vers cequi est néant à ses yeux; elle n'est possible que parce qu'il est infiniment grand.

L'amour qui soulève la vie de Jésus repose sur cette humilité.

Dieu est celui qui aime humblement.

L'humilité que le chrétien doit développer, l'aide à reproduire ces dispositions de Dieu ; l'homme accepte d'être créature (non un maître), et d'être pécheur et surtout il doit se reconnaître pécheur en face de Dieu, ce qui est le plus difficile à accepter.

 

Conclusion

L'homme, conscient de sa beauté, de sa santé, de sa force, de ses talents, de son intelligence, de sa culture, doit se courber devant celui qui, en face de ces valeurs, reste plus que problématique : le Christ en Croix.

Voilà le fondement de l'humilité chrétienne. Acceptons cette mise en garde : l'humilité et la charité ne sont pas des vertus de dégénérés, elles sont issues de la main créatrice de Dieu et sont orientées vers le monde nouveau rendu possible par le Christ. On doit bien saisir que l'homme ne peut pratiquer l'humilité que dans la mesure où il comprend ce qu'il y a en lui de GRAND qui n'existe en

 

Claude Bédat

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