Le coeur et la prière de Claude Bédat

Remercions Saint Au-gustin qui a écrit dans les Confessions : « Notre cœur restera inquiet tant qu'il ne reposera pas en Toi ».
Certains auteurs, comme Saint Exupéry, dans Le Petit Prince, estiment que le cœur est capable de percer le mystère des êtres et des choses et le Petit Prince reçoit l'enseignement du renard : « voici mon secret, dit le renard. Il est très simple : on ne voit bien qu'avec le cœur. L'essentiel est invisible pour les yeux ».
 
I – Le cœur dans la Bible

Dans la Bible il y a environ1000 citations où figure le mot cœur . La Bible met l'accent sur le mot cœur ; elle en fait le pivot de son étude de l'homme. Ainsi, c'est au cœur de l'homme que Dieu s'adresse pour l'éveiller à la vie divine,ou lui faire prendre conscience de la mission que le Très-Haut lui a confiée sur terre.

Le prophète Malachie prédit l'avènement du Messie qui est chargé « de ramener le cœur des pères à leurs enfants et le cœur des enfants à leur père (Mal, 3,24). La phrase de Malachie s'applique à notre monde contemporain, mais il ne pouvait pas savoir que Dos-toïevsky allait écrire dans les frères Karamazov cette phrase terrible qui eut tant d'influence sur Freud et la psychanalyse : « Qui n'a jamais voulu tuer son père ? ». Cette phrase est symbolique de l'absence supposée du PERE dans le monde contemporain ; les fils sont orphelins, l'absence d'autorité les oblige à faire le dur apprentissage de la liberté, car depuis les événements de1968, l'idée de paternité s'est profondément dégradée. Une des causes du mal-être de la jeunesse n'est-t-elle pas en lien direct avec l'angoisse dûe à l'absence d'une paternité vraie ?

Dans un oracle d'Ezéchiel, l'homme est appelé à mettre son cœur en conformité avec les exigences du cœur de Dieu : « je répandrai sur vous une eau pure et vous serez purifiés ; je vous purifierai de toutes vos souillures et de toutes vos idoles. Je mettrai en vous un cœur nouveau et un esprit nouveau ; j'oterai de vos corps le cœur de pierre et je vous donnerai un cœur de chair. Je mettrai mon Esprit en vous » (Ezéchiel, 36,25-27).

Dieu invite les hommes à passer d'un âge de pierre à l'âge de chair : la pierre évoque la dureté, la fermeture ; alors que la chair évoque « celui qui est doux et humble de cœur », attentif au cœur qui bat dans tous les humains. Pour Jésus, une seule citation suffit : « Bienheureux les cœurs purs, car ils verront Dieu » (Math 5).
 
II – Prier avec son cœur
 
La prière est une occupation familière pour le croyant qui veut approfondir sa foi, ou faire de sa vie une prière. Elle introduit une étincelle, ou un parfum d'éternité dans le cœur. Le moment dernier de notre existence reste caché, mais pour le croyant ce sera l'entrée dans la vie éternelle, celle d'un Père miséricordieux toujours prêt à recevoir ceux qui se tournent vers Lui. Le sens de la prière serait-il de chasser la marque du dé-sespoir qui annonce la mort ? On peut prier de multiples façons.
 
1 - Une première école de prière est l'office liturgique, en Eglise, où toute l'assemblée s'unit dans une prière commune. La beauté et la profondeur de cette prière dépendent de la ferveur que chacun y met, mais aussi de la façon dont on s'est préparé pour cette rencontre.
 
2 - Prier peut aussi se faire en reprenant les prières aux formules fixes proposées par l'Eglise dans les manuels de prières aux différentes heures du jour. Les livres de prières orthodoxes proposent cette recommandation initiale :« Après avoir attendu un moment que tous tes sentiments viennent à se calmer, et que tes pensées délaissent toute préoccupation terrestre, prononce les mots de la prière, SANS HÂTE, en rendant ton cœur attentif ».
 
3 – Parfois les mots qui montent du fond du cœur s'épanchent librement dans une imploration ou une louange spontanée. C'est ainsi que le poète anglais KEATS s'exprime devant la nature qui l'émerveille : « Un objet de beauté est une joie à jamais ».
 
4 - De plus en plus nombreux en occident sont ceux qui pratiquent la « prière du cœur», ou « prière à Jésus ». La formule en usage est celle-ci : « Seigneur Jésus-Christ, Fils de Dieu, aie pitié de moi pécheur ». Cette prière répétitive risque d'avoir un aspect mécanique ; mais elle est très pratiquée.
Ce sont les Pères du Désert qui ont instauré en Orient cette « prière du cœur » qui aun fondement très évangélique dans la mesure où elle est centrée sur la personne du Sauveur : invoquer le nom du Seigneur, c'est le faire descendre dans les profondeurs du cœur de l'orant.
La concision de cette prière du cœur écarte tout effort purement intellectuel, ramène sans cesse à la présence du Seigneur « doux et humble de coeur ». et plonge sans arrêt l'esprit en Dieu.
Une chose est sûre : la prière du cœur oblige à entrer dans la paix du Christ ; cette xigence donna naissance au mouvement spirituel appelé HESYCHASME, qui signifie sérénité, calme et paix, silence.
En se fixant sur Jésus, qui est le prince de la paix, la prière du cœur apaise le cœur, unifie les élans parfois contradictoires de la conscience (tiraillée par l'inconscient), purifie les sentiments impurs, nous aide à rester dans le silence. Dans un monde saturé de bruits, où l'attention est sans cesse sollicitée par des flots d'images sonores et visuelles, celui qui est entré en HESYCHASME est porteur de silence, il aide à percevoir un monde nouveau : Sommes-nous sensibles au S I L E N C E ?
 
Conclusion
 
Je laisse, comme souvent,quelques points à MEDITER
1 – Le PARDON est le plus sûr moyen de redécouvrir le chemin du cœur à l'égard de soi comme de son prochain.
2 – Ouvrir son cœur signifie AIMER
3 – Une idée sombre se répand de nos jours : l'amour est un beau feu, mais il ne dure pas ; pour cette raison, tant de divorces bouleversent les familles. Mais, le COEUR n'est-t-il pas capable d'être fidèle et d'approfondir l'objet de son amour pendant une vie entière, même si celle-ci cesse de s'allonger ?
Qu'est-ce qu'un amour qui n'a pas une résonance dans l'ET E R N I TE ?

Claude Bédat