La joie du chrétien

I  -  Donner la joie

            L'homme ne vit pas seulement de pain, et sa maison n'est pas construite avec seulement des pierres, du béton et de l'acier, mais avec des pierres vivantes comme on le lit dans la première Epître de Saint Pierre : « vous-même, comme des pierres vivantes, entrez dans la construction de la Maison habitée par l'Esprit, pour constituer une sainte communauté sacerdotale, pour offrir des sacrifices spirituels agréables à Dieu par Jésus Christ » 1Ep,2,5 ». Ainsi la maison est construite avec des pierres vivantes pour être la maison du cœur.

            Que seraient les maisons de pierre si le foyer où vivent les époux et leurs enfants n'était pas la maison du cœur ? Tout homme doit se fixer pour but de créer une maison fondée sur l'amour des autres qui seront heureux d'y vivre dans la joie.

            Le suprême bonheur n'est-t-il pas la joie que l'on donne aux autres ?

            L'Evangile annonce sans cesse que Dieu est tout Amour, Infinie Tendresse, et que la mort de Jésus sur la Croix est l'aboutissement de son Amour pour les hommes. Peut-on mieux révéler l'Evangile qu'en étant nous-mêmes un Evangile vivant en apportanr la joie ?

            En faisant un bilan de nous-mêmes, nous sommes obligés de reconnaître que nul ne connaît de façon détaillée comment fonctionne le cerveau. Quel est le rôle exact des milliards de neurones ?

Nous sommes des vivants,mais nous ne savons même pas ce qu'est la vie.

            Et puis chacun se pose tant de questions non résolues : que devons-nous faire de notre vie ? Est-ce qu'on peut y ajouter quelque chose ?

            Or, Jésus nous propose quelque chose d'enthousiasmant : il nous offre de faire de notre vie un don, un cadeau, en fait on peut recréer le monde en donnant cette vie qui est nôtre, en en faisant un espace de lumière et d'amour, où autrui pourra venir y respirer et récolter la joie, car nous aurons évacué le moi-robot pour y installer Jésus ; nous serons passé du moi-objet au moi oblatif (accueil d'autrui) en faisant disparaître notre égoïsme qui occupait tout.

            Reprenons la phrase de Saint Augustin que j'ai citée plusieurs fois dans mes articles et que vous devez savoir par cœur :

« Bien tard, je t'ai aimée,

Ô beauté si ancienne et si nouvelle,

Bien tard je t'ai aimée .

Et voici que tu étais au-dedans,

Et moi au-dehors

et c'est là que je te cherchais...

Tu étais avec moi, et je n'étais pas avec toi... 

Confessions (L10, chap 27,38) »

 

            L'expression « tu étais au-dedans, et moi au-dehors » établit un lien avec l'opposition que nous avons notée entre le moi-robot et le moi-oblatif, et signifie que la vie chrétienne est une vie « ici-maintenant » ; l'au-delà est un au-dedans, un espace de lumière  qui s'ouvre au-dedans de nous, où nous pouvons établir un dialogue de vie avec le Dieu vivant, qui nous amène à laisser transparaître sur notre visage la lumière et la joie de Dieu. Il ne s'agit pas de nous détourner de la vie, mais d'y entrer. Le grand danger pour nous, ce n'est pas ce qui se passera après la mort, mais ce qui se passe avant la mort, car c'est avant la mort que nous risquons d'être morts, si nous refusons de faire de notre vie un espace de lumière et de joie.

 

            Etre chrétien, ce n'est pas promener dans le monde une figure triste, ni éteindre la joie et l'espérance des autres : il s'agit d'écouter les autres pour qu'ils découvrent le trésor de lumière et de joie caché dans leur cœur avec le Dieu vivant.

            Il s'agit d'aimer la vie, car c'est grâce à elle qu'on porte Dieu et qu'on communique sa joie, en chantant, comme l'écrit Saint Augustin : « Cantare amantis est », celui qui aime chante.

 

II  -   La joie de l'Evangile

            Pour certains d'entre nous, la vie ne se conçoit que dans une atmosphère de joie : elle donne la force et nous illumine. C'est vrai que là où règne la tristesse, les visages sont figés et on se heurte à un mur.

            Dans le christianisme, il y a une vocation de joie parce que notre religion est véritablement la vie de la vie ; une vie authentiquement spirituelle, c'est-à-dire authentiquement humaine, se mesure au degré de joie qui habite en elle. Tous les discours sont vides s'ils n'ont pas pour résultat de provoquer la joie chez les autres. Peut-être que dans les examens de conscience des confesseurs ne figure pas le critère d'être une source de joie pour ceux qu'on rencontre.

Quel dommage !

            Quand le ciel est couvert de nuages et qu'il pleut, il n'y a qu'un remède, facile à prodiguer : nous devons être dans la maison un soleil intérieur et faire profiter ceux qui vivent avec nous de la lumière et de la joie de Dieu qui est en nous. Quel meilleur remède pouvons-nous apporter à ceux qui sont dans la tristesse ou, si nombreux à notre époque, dans la dépression.

            Le seul témoignage que nous devons apporter, c'est celui de la joie, signe certain de la Présence de l'Eternel Amour : il faut faire disparaître autour de nous les visages tristes et angoissés.

            Notre mission est une mission de joie : en la propageant partout, nous serons au cœur de l'Evangile qui n'est pas, comme on voudrait nous le faire croire, un système pour expliquer le monde, mais une Présence, un Coeur, c'est la source de cette grande joie qui vient de la rencontre avec le Visage du Christ, imprimé dans nos cœurs, le visage que seule la Foi peut nous révéler.

Conclusion

            Une seule citation permet de mettre un terme à cet article enthousiaste qui est un transport d'amour sur la joie ; il s'agit de « la prière de Jésus » dans l'Evangile de Saint Jean :

 

 « Maintenant, je vais à toi, Père, et je dis ces paroles dans le monde

 pour qu'ils aient en eux ma joie dans sa plénitude » (Jean,17,13).

 

            Lorsqu'il prononce ces phrases, Jésus sait qu'il est sur le point d'être arrêté, condamné et crucifié : si à ce moment, Jésus est dans la joie, nous devons, nous chrétiens, être tous les jours dans la joie, prêts à la répandre autour de nous.

 

Claude Bédat