La prière : psaume 1 - Claude Bédat

Le thème de la prière a déjà été abordé dans les numéros 440 et 455 d'Ephata, mais il a été à nouveau demandé, ce qui prouve la justesse de l'avis des disciples lorsqu'ils demandaient à Jésus :« Seigneur,apprends-nous à prier, comme Jean l'a appris à ses disci-ples»(Luc 11,1-5). Nous demanderons son aide au Cardinal MARTINI (1927-2012) qui fut archevêque de Milan de longues années . Lorsqu'on lui demandait un conseil pour apprendre à prier, le cardinal suggérait de prendre un psaume facile, de le lire en silence et de rester plus longuement sur tel mot ou telle phrase quiavait frappé le lecteur. C'était pour lui une prière simple qu'il avait expérimentée avec de nombreux groupes d'ecclésiastiques ou de laïcs.
Il tenait àpréciser trois points à propos de la méditation des psaumes:

il est dans la vie des moments de tension spirituelle ou de grande souffrance dans lesquels chaque mot du psaume nous nourrit et nous soutient de façon particulière; on peut alors s'arrêter sur un mot qui exprime notre état d'âme,notre désir de pardon, d'aide,d'espérance.Il y a des moments de tranquillité pendant lesquels nous n'avons pas besoin d'approfondir le sens de chaque verset.

Il est un 3ème mode de prière qu'il avait appris au contact des moines d'Orient qui récitaient à toute vitesse les psaumes: pour eux, la simple prononciation d'une parole de Dieu purifie la bouche et le cœur; donc, quand nous sommes préoccupés, nous pouvons nous contenter d'une récitation très rapide des mots qui purifie notre langue, notre bouche, notre cœur. Ne pas alors chercher à comprendre. Nous transcrivons le psaume N° 1, ensuite nous citerons les commentaires du Cardinal Martini (Le Désir de Dieu (2004), et Miettes de la Parole (1998)

1- Heureux l'homme qui ne suit pas le conseil des impies

ni dans la voie des pêcheurs ne s'arrête, ni au siège des railleurs ne s'assied,

 
2– mais se plaît dans la loi du Seigneur,

mais murmure nuit et jour sa loi.

 

3– Il est comme un arbre planté près des ruisseaux

qui donne son fruit en la saison et jamais son feuillage ne sèche: tout ce qu'il fait réussit.

 

4– Pour les impies rien de tel!

Mais ils sont comme la balle qu'emporte le vent:

 

5– Ainsi les impies ne tiendront pas au Jugement,

ni les pécheurs à l'assemblée des justes.

 

6– Car le Seigneur connaît la voie des justes, mais la voie des impies se pert

Pour introduire cet étude il est bon de souligner que ce premier psaume est en fait une béatitude: « Heureux l'homme » correspond aux béatitudes du sermon sur la montagne: « Heureux les pauvres de cœur...Heureux les doux » (Matthieu (5,1-12).

 

Ce psaume 1 a été mis enavant du psautier pour souligner quel type d'homme est celui qui prie ; nous devons nous interroger sur ce type d'homme qui est heureux et réussit tout ce qu'il entreprend, car pouvons-nous nous comparer à ce type d'homme ? Notre vie et notre société peuvent-elles se comparer à cette vision du psaume 1 ? Nous retrouverons cette question en conclusion. Le psaume se divise en trois parties:

1) La première partie, versets 1 à 3, est un portrait de l'homme qui vit selon la justice, c'est-à-dire qui est le juste.

2) La deuxième partie, versets 4-5, est le portrait de l'impie.

3) La troisième partie, verset 6, dit comment Dieu agit envers les deux portraiturés.

 

L'homme est présenté dans sa relation avec les autres: les impies, les pécheurs, les railleurs. Le juste ne se laisse pas séduire par leur mentalité, leur culture, leur façon de penser négatives, insensées et injustes. Les deux versets suivants montrent le juste dont « la joie est dans la loi du Sei-gneur » : voilà ce qu'il aime et qu'il a choisi. Il médite la loi jour et nuit, et cette méditation est marquée par un geste du corps: il mâchonne des mots, il les murmure avec ses lèvres. Le murmure devient ruminations chez les penseurs postérieurs, ainsi St Augustin commente dans son discours sur le psaume 36 : « Tu manges du pain matériel pendant une heure, puis c'est assez; mais le pain de la Parole, tu en manges nuit et jour; l'écouter ou la lire, c'est manger; y penser, c'est la ruminer sans arrêt afin d'être parmi les animaux purs, et non les impurs. L'homme qui ne l'oublie pas, la RUMINE dans sa pensée et trouve son plaisir à ruminer ainsi ». Et nous retrouverons la rumination chez le philosophe français Gustave THIBON (1903-2001) qui commente ainsi dans son journal le texte de St Augustin: « Je rumine sans fin des vérités, que j'avais jadis hâtivement et distraitement absorbées. C'est par la rumination qu'elles me livrent leurs sucs les plus nutritifs. J'étais la chèvre dans le pré, broutant goulûment à droite et à gauche; je suis maintenant la chèvre qui rumine dans la solitude et l'obscurité de l'étable » (G. Thibon.Aux ailes dela lettre, 2006).

 

Cet homme est comparé, au verset 3, à un arbre planté aubord d'un ruisseau, qui plonge ses racines dans une terre irriguée, et c'est pourquoi il donne du fruit à la saison et ses feuilles ne tomberont pas. La deuxième partie, aux versets 4 et 5, décrit l'impie, celui qui ne pratique pas la justice; l'image, « ils sont comme la balle qu'emporte le vent », rappelle, peut-être, la dispersion des hommes qui essayaient d'atteindre le ciel en construisant la tour de BABEL. Le psaume se termine par le jugement du Seigneur qui connaît la voie des justes, mais ne se met même pas en colère contre la voie des impies qui se perd comme une succession de pas dans le sable: elle s'efface et on perd sa trace.

 

La lecture du psaume nous confirme dans l'idée que tous les événements de la vie résultent d'un CHOIX : le juste a choisi la loi du Seigneur, c'est son choix de vie. Le juste est donc l'homme qui vit de la Parole de Dieu ,l'homme qui a choisi paramour la LOI, entendre entant que proclamation de ce que Dieu est pour l'homme et de ce que l'homme est appelé à être dans la Parole de Dieu.Le juste est appelé heureux parce qu'il accueille la Parole d'amour que Dieu lui adresse. En conclusion, viennent les deux questions aux quelles chacun peut essayer de répondre personnellement et dans le silence:

1-Est-ce que je vis vraiment de la Parole de DIEU ? La Parole est-t-elle quelque chose qui me nourrit, ou bien est-telle extérieure ? Si j'observe le rythme de ma vie quotidienne quel est le temps que je donne à la Parole et quel est le temps laissé à la dissipation et à tout ce qui disperse ? Télévision, internet, jeux vidéo, quel est le pourcentage de ma journée qui y est consacré?

2–Quels gestes nous font vivre de la Parole ? C'est-à-dire ces gestes qui sont une expression réelle de moi en relation avec les autres. Par exemple: un geste de pardon, le contrôle de mes émotions, le contrôle de mes sentiments, du corps, de l'esprit.

3–Et puis, il faut revenir à la toute première interrogation posée au début du commentaire: Quel est ce type d'homme qui est heureux et réussit et consacre tout son temps à la Parole de Dieu ? Pouvons-nous nous comparer à lui ? Notre vie, nos obligations, notre programme quotidien, nos distractions constantes dues aux images de la télévision, nous permettent-ils de réaliser cette vision parfaite de l'homme juste ? Mais alors,que pouvons-nous faire pour nous avancer peu à peu vers cette image idéale d'un homme qui aimerait prier vraiment, en y consacrant le maximum de son temps, sans sacrifier ses obligations familiales et professionnelles ? Est-ce que nous ne nous trompons pas lorsque nous nous estimons incapables de découvrir le Christ à l'intérieur même de la VIE que nous tenons entre les mains ?

C'est ici-bas que nous sommes appelés à reconnaître Jésus, et, sur ce point nous pouvons nous fier aux pensées subtiles du pape MONTINI (pape de1963 à 1978) qui rappelait dans son testament spirituel que « le congé de la vie doit s'exprimer en un simple et grand acte de reconnaissance, de gratitude. Cette vie mortelle est, malgré ses tourments, ses mystères obscurs, ses souffrances, un fait merveilleux, un prodige constamment original et émouvant, un événement digne d'être chanté dans la joie et la gloire : la vie, la vie de l'homme ».

Mais alors, comme l'écrivait le pape MONTINI au moment de sa mort, si la vie de l'homme est un événement digne d'être chanté, nous devons faire de notre VIE un chant, une  prière constante, qui n'arrête pas et nous permet de RUMINER constamment. Si nous nous efforçons de remercier Dieu sans cesse pour chaque événement de cette VIE qui nousest donnée, nous ne sommes pas très loin de l'homme juste du psaume 1.

 

Mais alors, ce chant n'est-t-il pas une prière qui ne s'arrête pas ?

Apprenons à remercier Dieu sans cesse pour cette vie qui nous est donnée.

Claude Bédat