Le mal est-t-il voulu par Dieu ? de Claude Bédat

A la sortie de l'enterrement d'une jeune fille de quinze ans, un adulte ami de la famille dit à la mère effondrée : « Il n'y a rien à dire, c'est la volonté de Dieu ». Cette mère fut sans doute blessée profondément comme le furent les personnes assez rapprochées pour entendre ces propos.

            Il aurait plutôt fallu suggérer à cette femme « Vous souffrez, mais sachez que Dieu souffre avec vous, parce qu'il est l'Amour ». Dieu ne fait pas de victimes, il ne blesse pas car il est toujours du côté des victimes, mais jamais du côté des bourreaux. Alors, nous sommes obligés de poser la question : comment est-ce possible que Dieu souffre ?

 

I  -  Les littérateurs

            Dans son roman, les frères Karamazov, Dostoievsky (1821-1881) a exposé le problème du mal chez les enfants malades en disant : comment un Dieu existe-t-il s'il y a la souffrance des petits enfants ? Le problème a été repris au 20ème siècle par Albert Camus (1913-1960) dans La Peste : où est Dieu lorsque l'enfant touché par le fléau se débat contre la mort ?

            Nous chrétiens, disons que Dieu est là, qu'il agonise avec cet enfant, car Dieu est toujours le premier frappé dans toutes les douleurs, dans toutes les maladies, dans tous les crimes. Le mal n'est donc pas un argument contre la sainteté et la bonté de Dieu, puisque Dieu est toujours du côté de la victime : il est la première victime du mal.

            Comment comprendre alors que Dieu n'intervient pas ? Car en fait Il intervient sans cesse en essayant de créer des liens d'amitié avec les hommes.

            C'est peut-être la notion de lien qui permet d'éclairer le problème : lorsque quelqu'un vous offre son amitié, vous pouvez répondre en l'acceptant, car le donateur ne peut pas, lui tout seul, établir une amitié : les deux amitiés doivent se rencontrer pour construire un échange, qui sera comme le sacrement de l'amitié. Dieu essaie sans cesse de créer des liens avec l'homme, il crée sans arrêt, de même que la sympathie essaie aussi de créer des liens.

            Dieu, la plus grande puissance du monde, est celle qui crée la sympathie, l'amitié, la bonté, l'Amour. Mais cette puissance est fragile : il suffit de répondre non ou oui pour refuser ou accepter l'amitié, la sympathie et permettre ou empêcher son développement.

 

II  -  La puissance créatrice de Dieu

            La puissance de Dieu est si grande, dans un élan d'amitié, de sympathie, d'amour, que le monde est en fait, dans la pensée de Dieu, un cadeau permanent, auquel l'homme peut dire non, si bien que le monde voulu par Dieu n'est pas créé ; car dans le monde qu'Il veut établir, Il s'échange avec nous et nous avec Lui.

            Le vrai monde qu'Il veut fonder, c'est le don de Son Amour, un monde plein de la Pensée et de l'Amour divin, que le chercheur ou la mère de famille peuvent sentir à travers leurs recherches ou leurs démarches de tous les jours. Le monde n'est donc pas une création sans signification ; en face du mal ne disons pas « c'est Dieu qui l'a voulu », car c'est Dieu qui est victime avec nous. Il ne faut pas ajouter à ce mal du monde le mal que nous pourrions faire nous-mêmes : nous devons nous sentir mobilisés par l'Evangile pour nous opposer au mal, en atténuer les effets, en arracher les racines.

            De même que Dieu est victime du péché, victime jusqu'à la mort sur la Croix, il est victime de toutes les conséquences du péché. Nous devons partir au secours de Dieu : là où il y a le mal, c'est le visage de Dieu qui est défiguré, comme le visage de la mère est déchiré par le mal qui terrasse son enfant.

 

Conclusion

            Dieu est dans l'horreur de la guerre et de la haine : il est présent comme victime et nous appelle pour que nous l'aidions en répandant l'amour. Nous devons alléger la vie autour de nous en y faisant circuler la grâce et la tendresse, et surtout en évitant de participer à la guerre à coups d'épingles, c'est-à-dire en refusant de participer aux propos médisants qui détruisent une réputation : c'est cela qui défait l'atmosphère d'une famille ou d'un groupe rassemblé dans une entreprise, un bureau, une Université, en y répandant des germes de haine et de guerre. Cette guerre latente empêche la Présence de Dieu de se communiquer à tous.

            Nous chrétiens, qui savons que Dieu est la première victime du Mal, devons vaincre le mal à sa racine, dans les petites choses.

            Ainsi serons-nous une note d'amour et de joie qui arrivera à briser l'emprise du mal. Quand nous recevons l'Eucharistie, c'est le Christ qui se donne à nous et nous donne aussi sa Paix : Il nous la donne pour que nous portions la lumière de la paix au plus profond de nous-mêmes et que nous la transmettions aux autres, pour que nous devenions des artisans de paix et que nous contribuions à la paix dans le monde.

 

Claude Bédat