Etre humble comme Jésus de Claude Bédat

Pour poser le problème, un court fragment d'Evangile est suffisant : il laisse parler Jésus : « Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront point. Quant à la date de ce jour, et à l'heure, personne ne les connaît, ni les anges des cieux, ni le Fils, personne que le Père, seul.» (Matthieu, 24,35-36).

            Il y a quelque chose de très émouvant d'entendre cet aveu du Christ : personne ne connaît l'heure de la fin du monde et du jugement, pas même le Christ, c'est-à-dire lui-même qui parle. Nous avons l'habitude de dire de Jésus : Il est Dieu, donc il sait tout, il voit tout... En fait, la réalité est plus nuancée et l'humanité du Christ apparaît avec ses limites de créature humaine, ses bornes et ses limites ontologiques : « personne, que le Père, seul. »

I  -  Le mystère de l'Incarnation

            Le court fragment de l'Evangéliste nous oblige à nous confronter avec le mystère de l'Incarnation en faisant apparaître les limites de la créature de Jésus ; il y eut un commencement : un jour, est éclos dans le sein du ciel une humanité, une nature humaine qui n'existait pas étant donné que nous n'existions pas nous-mêmes avant d'éclore au sein de notre mère. Il est essentiel pour nous que tout le christianisme repose sur la Personne du Christ qui est le fondement de notre foi et de notre vie. Pour que Dieu soit présent dans l'Histoire de l'Humanité, dans notre vie, c'est-à-dire une présence à l'histoire d'aujourd'hui, il faut donc que nous prenions soin de Lui en nous et dans les autres ; il faut donc que nous nous retirions de nous-mêmes pour laisser apparaître la transparence divine où son visage pourra se révéler. Si nous désirons laisser toute la place à Dieu, nous serons envahis par un moi tout neuf et vraiment portés par cette Présence au-dedans de nous, qui nous soulèvera au-delà de nous.

II -  L'amour de Dieu

            Qu'est-ce-que c'est qu'aimer ? C'est rare et difficile, car l'homme confond souvent l'amour et la sexualité. En fait, aimer c'est n'être qu'une relation ; et c'est cela, Dieu dans sa vie profonde : il est un courant de relations où rien n'est approprié, où la personnalité est uniquement une relation à un autre. C'est le mystère des relations qui permet d'entrevoir quelque peu le mystère de la Sainte Trinité où chacune des Trois Personnes n'est qu'un faisceau de relations avec les deux autres.

            Le Père n'a rien d'autre que sa Paternité, qui est sa relation vivante au Fils : Il n'est rien d'autre que cet élan vers le fils, comme le Fils n'est rien d'autre que cet élan vers le Père ; la connaissance en Dieu est toute désappropriée, transparente dans cet échange total du Père dans le Fils et du Fils dans le Père. L'amour doit être envisagé de la même façon : ce n'est pas une possession, c'est une communication, un élan du Père et du Fils en l'Esprit. Nous voyons qu'en Dieu, Dieu n'a prise sur son être qu'en le communiquant.

            Dieu est le contraire d'un propriétaire, d'un maître : il est Dieu parce qu'Il n'a rien, parce qu'Il est l'Amour sans retour, c'est-à-dire l'Amour qui n'est qu'Amour.

            Pour aimer vraiment, que ce soit un être humain ou Dieu, il faut être pauvre de soi, ouvert à l'autre, il faut donc devenir un immense espace pour accueillir cet autre ou Dieu, afin qu'il puisse prendre toute sa dimension.

            Il est donc indispensable d'étayer notre vie sur le fondement inaltérable qu'est Jésus, c'est-à-dire sur cette Humanité dépouillée en laquelle se révèle un Dieu infiniment dépouillé. Lorsque nous avons fait ce vide en nous, nous avons travaillé pour que s'y installe l'esprit (c'est la capacité de ne pas subir son existence, mais de l'assumer pour en faire une offrande universelle) : il peut alors prendre la place des déterminismes biologiques, en fait du moi-robot (cf Ephata N° 571), ainsi nous retrouvons le Christ désapproprié de soi qui ne vit en nous que pour nous libérer de nos limites et de nos frontières.

 

Conclusion

1 -  Si nous voulons demeurer fidèles à l'Evangile il faut retrouver cette humilité du Christ telle qu'elle apparaît en Matthieu 24,35-36 , et que nous acceptions de nous former à la pauvreté intérieure.

2 -  La fidélité à cette Lumière intérieure, à cet Amour illimité, ne pourra se développer que si elle est étayée sur l'humilité du Christ.

3  -  L'humilité nous aidera à sauvegarder notre honneur de chrétien : ainsi en sera-t-il des parents qui ont tremblé sans cesse en raison des valeurs morales qu'ils transmettaient à leurs enfants en espérant que ceux-ci conserveraient le trésor qui leur était confié.

 

Claude Bédat