La nouvelle naissance de Claude Bédat

Le dialogue entre Jésus et Nicodème est relaté en Jean 3,3 à 5 et le titre dont on peut le qualifier : la nouvelle naissance, coule des paroles de Jésus qui dit à Nicodème : « personne, s'il ne naît d'en haut, ne peut voir le règne de Dieu... je te le dis : personne, s'il ne naît d'eau et d'esprit, ne peut entrer dans le règne des cieux ».

              L'explication la plus simple de cette image est le Baptême, et il nous semble qu'on peut tenter de mieux cerner cette explication en la rapprochant de ce que nous avons présenté dans le rapport conflictuel entre l'homme réel et l'homme possible.

 

I  -  Les liens avec l'Inconscient

  L'étude de l'homme réel a permis de voir que personne n'échappe à sa petite enfance et que presque toutes les attitudes des adultes sont commandées par des impulsions du psychisme enfantin. C'est là que sont intervenus des savants, au moment de la fondation de la psychanalyse à la fin du 19ème siècle, en posant la grande question : au fond de l'Inconscient, qu'y-a-t-il ? Ces savants ont essayé de faire parler l'Inconscient pour identifier ce qui le dirigeait.

  Ainsi, pour Freud, (1856-1939) c'est le sexe, pour Adler, (1870-1937) c'est la volonté de puissance.

  Mais pour d'autres, le désir le plus profond de l'homme est le désir de valoir, le besoin de compter pour quelqu'un, c'est-à-dire l'impossibilité de vivre si on ne compte plus pour quelqu'un d'autre. Il semble que la tendance fondamentale de l'homme serait le besoin de valoir, de compter pour un autre être humain, c'est-à-dire d'être aimé.

  Aucun raisonnement ne peut atteindre l'Inconscient,  pourtant il y a quelque chose qui peut le rejoindre, c'est l'amour, la bonté, le silence qui créent une atmosphère qui va au plus profond des racines de l'Etre et peut les aider à se tourner vers le Soleil intérieur qui vit en nous. Seul, Jésus a prise sur l'Inconscient parce qu'il est une Personne ; ce Dieu est intérieur et peut apprivoiser les puissances de l'Inconscient contre lesquelles l'homme ne peut lutter avec sa raison : tous les appels basés sur la morale, les conseils échouent, car, pour mettre en ordre l'Inconscient, il faudrait le connaître. Or l'homme ne le connaît pas, il n'en est pas conscient. Et nous retrouvons ici Saint Augustin.

II  - L'enseignement de Saint Augustin

  Nous avons déjà cité ces pages admirables lorsque l'évêque nous dit que Dieu est intérieur à nous. Il est dedans. Il n'est pas superflu de relire ces pages admirables des Confessions (27,38).

« Tard je t'ai aimée : Beauté si antique et si nouvelle, tard je t'ai aimée. C'est que tu étais dedans et moi dehors. Tu étais avec moi, mais moi je n'étais pas avec toi ».

  Saint Augustin avait compris que le Christ était intérieur, or il y a une seule manière de redresser l'Inconscient, c'est d'y faire pénétrer la lumière de Dieu. Dieu est déjà en nous, c'est un Soleil, caché mais présent : il importe de saisir que le Soleil est en nous, comme l'a senti subitement Augustin au moment de sa conversion.

  Tant d'autres n'ont pas la chance d'avoir une conversion subite comme Augustin, il leur faut de longues années pour qu'ils comprennent qu'on n'est pas capable de se tenir debout dans la vérité si on n'est pas en union avec Dieu, c'est-à-dire avec les enseignements du Christ.

  Dès qu'on quitte Dieu, on n'est plus en Dieu, car, dès qu'on n'est plus perdu en Dieu, c'est qu'on n'est pas libéré de soi : seul Jésus peut nous faire quitter l'inconscient et nous aider à passer du moi réel au moi possible.

  Avec Maurice Zundel, dans son livre : « l'homme existe-t-il ?, reconnaissons qu'au niveau de l'humanité en tant que telle, l'homme n'est pas né ; pour quelques individus qui ont atteint l'homme possible placé en avant de nous, la plupart sont encore à chercher comment faire pour laisser se développer, l'homme réel, l'homme-robot.

Conclusion

  Si la « nouvelle naissance » dont parle Jésus peut être considérée comme une évocation du Baptême, ce sacrement d'eau et d'esprit doit être envisagé comme une tunique d'excellence qui a besoin d'être confortée ou réparée sans cesse, car nous devons lutter pour atteindre l'homme possible placé en avant de nous, en rejetant le moi-robot et en consacrant une partie, si minime soit elle, de nos journées à la prière et à la méditation.

  N'est-ce pas ce que recommande Jésus dans cette scène si simple et si belle qui se trouve en Luc (10,38 à 41) : Jésus est accueilli dans sa maison par Marthe qui avait une sœur nommée Marie et qui, assise aux pieds du Seigneur, écoutait sa parole. Et Marthe était distraite par tout le service, elle survint et dit : « Seigneur, tu ne te soucies pas que ma sœur me laisse seule faire le service ? Dis-lui donc de m'aider ». Et le Seigneur lui répondit : « Marthe, Marthe, tu t'inquiètes, tu fais beaucoup de bruit, alors qu'il y a besoin de peu de choses, ou d'une seule ! En effet, Marie a choisi la bonne part et on ne la lui arrachera pas ».

  Il y a en effet une seule chose nécessaire, celle que Jésus conseille à Marthe lorsqu'elle s'agite : Il défend Marie qui écoute et contemple.

Une seule chose est nécessaire : Le regarder, L'écouter, se perdre en Lui, c'est sans doute la nouvelle naissance.

Claude Bédat

 

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