Notre Âme Immortelle - Claude Bédat

Les enquêtes sociologiques des trente dernières années, confirment que 50% de ceux qui se disent chrétiens, ne croient pas que l'homme aît une âme immortelle, beaucoup estimant même que l'homme n'a pas d'âme. Ces opinions sont terrifiantes et j'essaierai de répondre à ces interrogations qui m'ont été posées récemment à trois reprises par des amis qui pensent que l'âme est une invention des philosophes. Ces idées sont parfaitement contraires à l'enseignement de l'Eglise tel qu'on le trouve dans le catéchisme de l'Eglise catholique dont je vous ai déjà recommandé la consultation.

I  -  L'enseignement de l'Eglise

   La personne humaine, créée à l'image de Dieu, est un être à la fois spirituel et corporel ; le récit biblique exprime cette réalité avec un langage symbolique lorsqu'il affirme que « Dieu modela l'homme avec la glaise du sol ; il insuffla dans ses narines une haleine de vie et l'homme devint un être vivant » (Genèse 2,7).

   Souvent le terme AME désigne dans l'Ecriture Sainte la VIE humaine, ainsi lorsque Jésus dit à ses disciples ; « car celui qui voudra sauver sa VIE la perdra » (Matthieu 16,25-26). Mais le terme désigne aussi ce qu'il y a de plus intérieur en l'homme, lorsque Jésus dit à ses disciples peu avant son arrestation  : « Mon ÂME est triste à mourir » (Matthieu 26,28) et surtout de plus grande valeur en lui, et c'est encore Jésus qui parle : « Ne craignez pas ceux qui tuent le corps sans pouvoir tuer la VIE » (Matthieu 10,28).

   Jésus désigne ainsi ce par quoi l'homme est plus particulièrement image de Dieu ; ÂME signifie le principe spirituel de l'homme. Le corps de l'homme participe à la dignité de l'image de Dieu : il est corps humain parce qu'il est animé par l'âme spirituelle, et c'est la personne humaine tout entière qui est destinée à devenir, dans le corps du Christ, le Temple de l'Esprit. L'unité de l'âme et du corps est si profonde que l'on doit considérer l'ÂME comme la FORME du corps.

   L'Eglise enseigne que chaque ÂME spirituelle est immédiatement créée par Dieu, elle n'est donc pas produite par les parents. Dès sa conception, elle est destinée à la béatitude éternelle.

   Celui qui croit au Christ devient fils de Dieu et il a la vie nouvelle dans l'Esprit Saint : sa vie morale doit s'accomplir dans la gloire du Ciel. Par la mort, l'âme est séparée du corps, mais dans la Résurrection Dieu rendra la vie incorruptible à notre corps transformé en le réunissant à notre âme.

II  -  La conception des Grecs et des Latins

   Nous présenterons rapidement les idées de quelques grands penseurs ou poètes : Homère puis Platon et Virgile.

1  -  Intéressons-nous d'abord à HOMERE, l'auteur  des deux poèmes tellement remarquables que sont l'ILIADE et l'ODYSSEE.

L'Iliade passe en revue les assauts des Grecs qui assiègent la ville de TROIE où s'est réfugiée la belle Hélène qui était l'épouse de Ménélas, qu'elle a abandonné pour suivre PARIS. L'odyssée narre le voyage de retour d'ULYSSE qui cherche à rejoindre son épouse PENELOPE qui l'attend à ITHAQUE.

Le siège de la ville de Troie a sans doute eu lieu vers 1200 av. J.C. : cette époque est confirmée par les recherches archéologiques. Les deux poèmes ont été chantés très tôt après 1200 av. J.C. et ont été mis par écrit vers 800 av. J.C. On ne sait s'il y a eu un seul ou plusieurs poètes qui ont rédigé l'Iliade et l'Odyssée, ceci reste un point non éclairci.

   Ce qui nous intéresse dans les poèmes d'Homère, c'est de lire à quel point les Grecs étaient torturés moralement par le problème de l'existence de l'âme sous forme de cette question essentielle : que devient l'âme après la mort ?

  Il  y a une scène particulièrement émouvante dans l'Odyssée, lorsque Ulysse est autorisé par les dieux à interroger certains morts, entre autres le devin TIRESIAS et aussi sa mère ANTICLEIA. Ulysse n'a pas le droit de pénétrer au pays des morts, l'HADES, il reste à la frontière et questionne les morts pour qu'ils le conseillent sur son voyage de retour vers PENELOPE. Ces morts lui apparaissent sous la forme d'OMBRES et sa mère, déjà au pays des morts, va lui en donner l'explication. Pendant qu'il converse avec elle, Ulysse tente de saisir sa mère pour l'embrasser et voici la scène : « Trois fois je m'élançai ; tout mon cœur le voulait. Trois fois, entre mes mains, ce ne fut plus qu'une ombre, ou qu'un songe envolé. L'angoisse me poignait, plus avant dans le cœur... Mère, pourquoi me fuir ? Lorsque je veux te prendre ? (Anticléia lui répond) : Pour tous, quand la mort nous prend, voici la loi : les nerfs ne tiennent plus ni la chair ni les os ; tout cède à l'énergie de la brûlante flamme (du bûcher où le mort est brûlé) ; dès que l'âme a quitté les ossements blanchis, l'ombre prend sa volée et s'enfuit comme un songe », voilà pourquoi l'Hadès est un pays d'âmes qui ne sont que des ombres : l'intérêt du texte c'est que Homère parle clairement de la croyance des Grecs en une âme immortelle (Odyssée, chap 11).

2  -   Le deuxième poète qui nous permet de préciser nos connaissances est le grand poète latin, (suite pg. 3)VIRGILE (70-19 av. J.C.) qui reprend dans le volume VI de l'ENEIDE la même image peinte dans l'oeuvre d'HOMERE : ENEE a été autorisé par les dieux à descendre à l'HADES et il fait ce voyage avec la SIBYLLE de CUMES ; il rencontre son père ANCHISE, essaie de l'embrasser, mais comme ULYSSE en face de sa mère, il se heurte à la même impossibilité d'embrasser le mort qui n'est qu'une ombre : « Trois fois ENEE essaya de mettre ses bras autour du cou de son père ANCHISE ; trois fois saisie en vain, son image échappe à ses mains, pareille aux vents légers et très semblable au sommeil ailé » 'ENEIDE vol. VI). Anchise explique à son fils Enée que certains morts qui ont purifié leurs âmes des fautes commises pendant cette vie, se voient offrir par les dieux le choix d'un nouveau destin.

3  -  Cette conception d'une nouvelle vie offerte à certains morts montre l'influence du philosophe grec PLATON (428-348 av. J.C.) qui a exposé ces idées dans le MYTHE d'ER, dernier chapitre de son œuvre majeure, la REPUBLIQUE.

   Reprendre l'étude de ces textes d'HOMERE, de VIRGILE, de PLATON, c'est vraiment passionnant car ils nous obligent à regarder en face cette redoutable interrogation : que devient l'âme après la mort ? Nos contemporains se posent la même question. C'est très réconfortant de lire dans les Dialogues de Platon une réflexion sur la pensée qui donne à l'âme une place prépondérante. Ainsi le Sophiste nous aide à comprendre que « la pensée est le dialogue intérieur et silencieux de l'âme avec elle-même ! On retrouve la même insistance dans le THEETETE où on lit que « penser, pour l'âme, c'est dialoguer, s'adresser à elle-même les questions et les réponses, passant de l'affirmation à la négation ».

   Selon Platon, le corps était une prison pour l'âme, qui s'en évadait à la mort.

Conclusion de nos réflexions

   Il est du plus haut intérêt de voir nos ancêtres occidentaux, les Grecs et les Latins, se heurter au problème de l'existence de l'âme éternelle. La phrase pleine d'amertume du grand héros grec ACHILLE, lorsque son âme se confie à Ulysse en lui disant : « J'aimerais mieux, valet de bœufs, vivre en service chez un pauvre fermier, que régner sur ces morts, sur tout ce peuple ETEINT » (Odyssée, chap. 11), expose en fait le jugement pessimiste et terrible que portaient Homère et ses contemporains sur cette vie éteinte de l'au-delà ; pour eux, cette survie n'était ni heureuse ni glorieuse.

   Nous, chrétiens, devons vivre de la parole de Jésus qui lie la foi en la résurrection à sa propre personne : « Je suis la Résurrection et la Vie » (Jean 11,21) ; ou encore de cet autre texte : « Je donne ma vie pour la reprendre ... j'ai pouvoir de la donner et pouvoir de la reprendre » (Jean 10,17-18).

Il y a donc un double aspect dans le mystère pascal :

1  -  Jésus, par sa mort, nous libère du péché

2  -  par sa Résurrection, il nous ouvre l'accès à une nouvelle vie, au Paradis.

   Il est nécessaire d'admettre que la Résurrection du Christ, et le Christ Ressuscité lui-même est principe et source de notre résurrection future.

   Dans l'attente de cet accomplissement, qui sera émerveillement et joie au Paradis, le Christ ressuscité vit dans le cœur de ses fidèles.

 

Claude Bédat

 

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