"Tria Munera", prêtre, prophète et roi - Père François Chaubet

Chers frères,

Il y a trois fonctions vitales de l’Eglise. Pour faire savant on les appelle les « tria munera » :

Munus docendi : la fonction prophétique ; c’est-à-dire tout ce qui concerne l’annonce du Christ. On pense en premier à la catéchèse, mais il y a aussi le catéchuménat, la préparation au baptême ou le mariage…

Munus regendi : la fonction royale ; tout ce qui concerne la gestion concrète des biens ou le service aux personnes, le secours catholique, le service aux malades, les visites aux personnes seules, mais aussi le « corps de balais » (qui nettoient nos lieux de culte…), les comptables, les équipes de bricolage…

Munus sanctificandi : la fonction sacerdotale ; vous vous dites : « là on est tranquille, c’est le travail de monsieur le curé », eh bien oui et non. Le rôle du prêtre c’est de « présider » (en place et lieu du Christ) une assemblée qui célèbre. Il faut donc une assemblée qui tienne la route et se prenne en charge, groupe des petites mains (qui ouvrent l’église et préparent la messe), groupe des animateurs, groupe des lecteurs formés…

Ces fonctions sont d’abord celles du Christ, le Grand Prêtre qui s’offre en sacrifice au Père, le Roi doux et humble de cœur qui guérit les malades, le Prophète qui annonce et inaugure le Royaume.

Pour être fidèle au Christ en étant le signe d’une vivante espérance pour les hommes de ce temps, l’Eglise doit s’assurer que chacune de ces trois fonctions est bien assumée. Dans le cas contraire, elle prendrait le risque de n’être plus qu’une institution humaine repliée sur elle-même et n’allant plus « aux périphéries », une institution sociale assurant des rites sociaux, une association de bonnes œuvres coupée du cœur de Dieu d’où coulent des torrents de charité. 

Nous devons sans cesse nous interroger pour savoir si ces trois dimensions de l’agir chrétien sont bien assumées dans chacune des activités de notre communauté.

 Par exemple, ces questions devraient sans cesse servir de base à nos relectures : « Est-ce que nous avons le souci des pauvres ? », « Est-ce que nous avons le souci de la beauté de nos liturgies ? », « Est-ce que nos liturgies sont ouvertes au monde ? », « Est-ce que nous sommes partie prenante de l’annonce aux périphéries ?», « Est-ce que nous sommes présents aux enjeux sociaux de nos villes ou villages ? » ...

 

Certes, ce sont les fonctions du Christ et à sa suite celles de l’Eglise, mais, par notre baptême, ces fonctions sont aussi celles de chacun d’entre nous. Au jour de notre baptême, le prêtre nous a marqués du Saint Chrême en nous disant que nous « participions à sa fonction de prêtre, de prophète et de roi ». Au jour de notre confirmation, Dieu nous a confirmés dans cette mission reçue à notre baptême.

Dans le Christ, chacun des baptisés est appelé à être prêtre, notamment par sa participation à la vie liturgique et sacramentelle de l'Église et par sa prière personnelle.

Dans le Christ, chacun des baptisés est appelé à être prophète, à annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus le Christ autour de lui, à aider nos enfants et nos jeunes à connaître et à approfondir les richesses de la tradition biblique et chrétienne, à aider les autres (en commençant par soi-même) et à se nourrir spirituellement des textes bibliques qui nous annoncent l'amour de Dieu.

Dans le Christ, chacun des baptisés est appelé à être roi, à porter attention au bien-être de tous, à être co­responsable de la vie de l'Église, de la vie sociétale aussi ; à être co­responsable surtout de la vie des plus vulnérables parmi nous, les enfants, les pauvres, les malades, les immigrés.

Pour que notre vie chrétienne soit pleinement épanouie, nous devons vivre chacune de ces trois fonctions et les questions que nous posons pour notre communauté valent aussi pour chacune de nos vies personnelles.

 Nous sommes tous et individuellement responsables de la beauté de nos liturgies, du service du frère et de l’annonce de la Bonne Nouvelle de Jésus le Christ. Pourtant, tel sera plus sensible à la « fonction sacerdotale », tel autre se sentira plus concerné par « la fonction prophétique », tel encore sera plus dans l’agir du service propre à la « fonction royale ». Sans exclure les autres dimensions, il est bon que chacun s’interroge sur son intuition propre et la mette au service de la communauté.

Actuellement, je crois que nous pouvons dire qu’en Eglise nous arrivons encore à vivre les « Tria Munera », mais je constate que, de plus en plus, c’est le fait d’équipes dévouées de plus en plus petites. Je pense qu’en Eglise nous ne disons jamais assez merci à ces personnes, trop souvent « corvéables à merci ». Au contraire, on trouve normal que les choses soient faites sans nous interroger sur les personnes qui les accomplissent.

Je constate que ces équipes dévouées s’épuisent sans qu’il n’y ait de renouvellement. Alors je m’interroge.

On me demande d’assurer la régularité des célébrations, mais je me permets de retourner les questions suivantes : « Y a-t-il quelqu’un pour arriver un peu avant pour ouvrir la sacristie et préparer la Table ? », « Y a-t-il quelqu’un pour assumer les lectures, l’animation… ? ». Si nous ne sommes que des consommateurs passifs de célébrations liturgiques, alors nos célébrations sont déjà vouées à disparaître.

On me demande d’assurer la catéchèse, mais je me permets de retourner les questions suivantes : « Y a-t-il quelqu’un pour prendre un peu de temps pour aider à accueillir les enfants ? » « Y a-t-il quelqu’un pour aider à préparer les sorties, aider à bien accueillir les enfants… ? ».
Si nous ne sommes que des consommateurs passifs de catéchèse, alors bientôt l’annonce de l’incroyable nouvelle d’un Dieu qui vient partager notre mort pour que nous puissions vivre de sa vie ne sera plus annoncée à nos enfants.

Je pourrais multiplier à l’infini : préparation au baptême, au mariage, équipes de funérailles, équipes du Secours Catholique… il y a tant à faire pour que notre communauté vive !

Certes personne, pas même moi (peut-être même surtout pas moi), ne peut être sur tous les fronts, mais si chacun donnait un peu (là est mon rôle de pasteur, faire que « ensemble » nous puissions avancer et construire l’Eglise), nous pourrions construire la communauté chaleureuse, vivante, ouverte aux pauvres et au monde dont nous rêvons, une communauté heureuse d’annoncer Jésus Christ et de le célébrer dans la joie.

 

Certes personne, pas même moi, ne sait bien faire toutes choses, mais si chacun apportait un peu de sa compétence et mettait ce qu’il sait faire au service de la vie de la communauté, nous pourrions accomplir de belles choses (par exemple, il y a toujours un calice à nettoyer, une aube ou une chasuble à repasser, un fil à ressouder, un clou à planter…) et ensemble nous pourrions nous former.

Certes, certains sont plus disponibles que d’autres (cela dépend de tant de facteurs, enfants, petits-enfants, travail, maladie…), mais par exemple, est-ce si difficile d’arriver une demi-heure avant la messe pour préparer
l’eucharistie ? Et si nous sommes nombreux à le faire, alors ce ne sera qu’une fois de temps en temps.

J’invite chacun, sans se chercher de faux prétextes, à réfléchir à ce qu’il pourrait donner comme compétences, temps, envie… au service de notre communauté.

Et si vous croyez n’avoir rien à donner, il reste cependant un service essentiel et même vital pour la vie de l’Eglise, celui de la prière. Peut-être pouvez-vous vous regrouper à plusieurs à votre domicile ou à l’église pour prier ensemble. Je rêverais d’un grand service de prière qui regrouperait plusieurs intuitions(adoration, chapelet, prière des mères…), qui régulièrement pourrait proposer des temps de ressourcements à notre communauté.

Oui, il y a tant et tant de choses à faire que le Seigneur invite chacun à accomplir ensemble un « petit rien », comme dirait sainte Thérèse de Lisieux, mais les océans ne sont-ils pas faits de myriades de gouttes d’eau, ces « petits rien » qui jouent avec la lumière. D’ici fin juin, il y aura un Ephata spécial « Services » où seront présentés les différents services qui permettent à notre communauté d’être fidèle à ce qu’elle est. Vous pourrez alors vous rendre compte de la richesse de ces
services.

En Septembre, vous serez invités à vous engager dans tel ou tel service, alors, ensemble, au cœur de ce monde qui nous est donné à aimer, nous pourrons célébrer la joie et la gloire du Dieu Vivant, nous pourrons servir le Christ en servant nos frères, en particulier les plus pauvres, nous pourrons annoncer l’Evangile, la « Bonne Nouvelle », d’un Dieu qui nous aime et nous fait confiance pour bâtir son Eglise.

Père François