Comment se libérer du « moi-je » enfantin ? de Claude Bédat

I - Position du problème

Il faut lutter sans cesse contre ce moi-je infantile qui ne signifie rien : en effet, nous n'avons pas choisi de naître, ni de naître à notre époque et dans notre pays, ni nos parents ni notre hérédité, ni notre sexe, ni notre type d'éducation, ni nos croyances religieuses ni nos préjugés.

Or, quand nous avons commencé à parler, nous avons dit : « je et moi », mais qui était ce « je et moi » ? était-ce un sujet ? une source ? une origine ? un créateur ?

Ces pronoms sont faussement personnels parce qu'ils recouvrent en fait une pseudo-personne qui n'a pas encore vécu et qui n'est qu'un objet.

C'est ce que le philosophe Karl MARX et ses suiveurs comme J.P. SARTRE n'ont pas compris : ils pensaient qu'il leur suffisait d'exiger pour l'homme la liberté, qui se réduisait à l'opposition à son employeur ; ils n'ont pas vu que l'homme, en fait, ne naît pas libre, car l'utilisation du moi-je depuis l'enfance laisse croire qu'il s'agit d'une personne.

Nous devons nous révolter contre nous-mêmes pour arriver à naître de la liberté, de la lumière, de l'amour, de l'Esprit, de la vérité : alors seulement nous rencontrerons Dieu et commencerons à être des hommes.

C'est le sens même du discours du Christ rapporté dans son entretien avec NICODEME en Jean, chap.3 .
Cet homme nouveau qui n'existe pas encore sera le résultat que le Christ appelle la nouvelle naissance : « oui, oui, je te le dis, s'il ne naît pas d'en haut personne ne peut voir le royaume de Dieu » (Jean 3,3).

Saint Paul le clame très fort dans l'épître aux Galates : «  le Christ nous a libérés pour la liberté. Debout, donc !»  (5,1)

 

II - Suis-je libre ?

Examinons-nous en répondant à la question : qu'avons-nous fait de cette vocation de liberté qui est inscrite au centre de l'Evangile ?

Sommes-nous vraiment des hommes libres, ou sommes-nous esclaves de nos préjugés, donc de notre moi infantile ?

Sommes-nous seulement une façade ? Est-ce que notre visage n'exprime qu'un camouflage derrière lequel nous dissimulons ce que nous sommes vraiment ? Nous essayons de faire croire à notre bonté, notre générosité, et en fait il n'y a qu'un énorme égoïsme qui remonte à l'enfance.

Revenons à quelque chose de plus solide : n'oublions pas que c'est en Jésus que notre liberté trouve son véritable épanouissement, car Il ne cherche pas à faire de nous des esclaves, mais Il veut que nous soyons comme lui une source, une origine, un commencement, un créateur.

Dans cette lutte pour devenir libres, Dieu témoigne qu'Il est à nos côtés et qu'il encourage nos efforts pour être libres. Nous devons faire des sacrifices pour nous intégrer au monde moderne en l'assumant et en le comprenant mieux. Il faut placer notre révolte personnelle sous le signe de la nouvelle naissance en refusant de nous identifier avec le moi-je infantile qui véhicule nos fantasmes, nos complexes psychologiques et nos peurs.

Ayons soif de devenir des hommes libres.

Claude Bédat

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