La Vierge Marie, modèle d'humilité de Claude Bédat - Décembre 2016

En lisant les litanies de la Vierge Marie, on ne peut qu'être frappé de l'importance des titres qui lui sont attribués ; après l'invocation des trois Personnes de la Trinité, le texte s'adresse aussitôt à la Vierge en l'appelant, Mère de la divine grâce, puis refuge des pécheurs, consolatrice des affligés et surtout Reine de la Paix, qui met un terme à cette série de titres, tous plus étonnants l'un que l'autre. Ces hommages ont été attribués par l'Eglise au cours des âges et souvent en se référant aux désirs du petit peuple qui a inventé ces titres glorieux.

Or, les textes des Evangiles n'attribuent jamais à la Vierge ces louanges glorieuses : Marie est sans cesse dans une position en retrait, elle est humble et sa vie entière s'est déroulée dans l'ombre. On peut dire qu'il y a un paradoxe entre ces titres louangeurs et l'atmosphère de douceur et d'humilité entourant la Vierge, telle qu'elle a été perçue par les auteurs des Evangiles. Essayons de présenter ces textes des Evangiles pour mieux saisir ce paradoxe.

I - Le premier texte où Marie est citée relate l'épisode des fiançailles « Marie était fiancée à Joseph ; avant leur union, elle se trouva enceinte par l'action du Saint-Esprit... Joseph se proposa de rompre secrètement avec elle. Comme il y pensait, voici qu'un ange du Seigneur lui apparut en songe et dit : Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre avec toi Marie... A son réveil, Joseph fit ce que l'ange du Seigneur lui avait ordonné, et il prit sa femme chez lui » (Matthieu 1,18-25).

On peut dire que l'Evangile de Matthieu s'ouvre sur une tragédie d'amour : Joseph était sur le point de renvoyer Marie et Marie ne dit rien ; elle acceptait d'être seule, de perdre son honneur, son mariage, son appui, pour la seule raison que Dieu l'avait appelée et qu'elle faisait crédit à Dieu. Dans cette épreuve, elle s'en remet à Dieu en pensant en elle-même : puisque c'est Dieu qui m'a mise dans cette situation, qu'Il m'en tire ! Elle se considère comme la servante du Seigneur, elle est à sa disposition en toute humilité.

II - Le deuxième texte où l'on découvre cette humilité, est la Purification (Luc 2,21-35). « Quand le huitième jour fut accompli, Jésus fut circoncis et appelé Jésus ». Ce que ne précise pas l'Evangile, c'est que si le premier né devait être racheté, le deuxième aspect de la cérémonie concernait la mère de l'enfant : si la mère avait mis au monde un garçon, ce qui était le cas avec Jésus, la mère était impure pendant quarante jours, durant lesquels elle ne pouvait toucher aux choses saintes ni être approchée par son mari. Jésus et la Vierge se sont soumis à la Loi de Moïse, et Marie accepta de paraître dans le Temple étant revêtue d'une souillure dont elle devait être purifiée. Quelle humiliation pour Marie qui n'avait connu aucun homme et était enceinte du Saint-Esprit : là encore elle montre une totale humilité. Mais quel effort dut-elle déployer pour se montrer naturelle pendant la cérémonie.

III - Le troisième épisode rappelle le voyage au Temple de Jérusalem. « Lorsque Jésus avait douze ans » (Luc 2,41-51) quand ses parents le retrouvèrent « assis au milieu des docteurs, les écoutant et les questionnant ». A la question de sa mère, Jésus répond : « pourquoi me cherchiez-vous ? Ne savez-vous pas qu'il faut que je m'occupe des affaires de mon Père ? Mais ils ne comprirent pas la parole qu'Il leur disait ».

Ainsi les parents de Jésus le voient agir en fonction de ses liens avec le Père éternel, sans qu'il se préoccupe d'expliquer ses motifs à ses parents terrestres, tout occupé qu'Il est des affaires de son Père. L'épisode se termine ainsi : « mais ils ne comprirent pas la parole qu'il leur disait. Sa mère conservait toutes ces choses dans son coeur ». Quelle leçon d'humilité donnée par Marie : la vierge est renvoyée loin des relations de Jésus avec le monde divin : quelle leçon d'humilité pour elle.

IV - Puis on assiste au miracle des Noces de CANA (Jean 2,1-11). Comme il n'y a plus de vin, Marie intervient et dit à Jésus : « ils n'ont plus de vin. Jésus lui répondit : Femme, qu'y a-t-il entre toi et moi ? Mon heure n'est pas encore venue. Sa mère dit aux serviteurs : faites tout ce qu'il vous dira ».

C'est une nouvelle humiliation pour Marie lorsque Jésus souligne la différence essentielle entre Marie qui reste une fille d'homme et lui, Jésus, qui est Fils de Dieu ; cette différence est fondamentale, et Marie dut une fois de plus faire preuve d'une grande humilité car Jésus venait de la remettre fermement à sa place : leurs destins ne pouvaient être comparés.

V - Cette remise en place de Marie est suivie de paroles terribles de Jésus en Marc (3, 31-35) : Qui est ma mère et qui sont mes frères ? … voici ma mère et mes frères. Quiconque fait la volonté de Dieu, celui-là est mon frère, ma sœur, ma mère ».

Ces paroles sont vraiment terribles car Jésus met de côté les liens qu'il eut avec Marie depuis sa conception, il a l'air de la récuser en tant que mère : « ma mère, c'est celui qui fait la volonté de Dieu ».

VI - Enfin, lors des derniers instants de Jésus pendant la crucifixion : « Près de la croix de Jésus, se tenaient sa mère et la sœur de sa mère, Marie femme de Clopas et Marie-Madeleine. Jésus, voyant sa mère et debout auprès d'elle le disciple qu'il aimait, dit à sa mère : Femme voici ton fils. Puis il dit au disciple : voici ta mère » (Jean 19, 25-27).

Jésus agit ici de façon brusque : sans demander son avis à Marie, il fait d'elle la mère de l'Eglise, en l'installant dans cette maternité sans frontière qui s'adresse à toute l'humanité.

Cette dernière scène permet de risquer une synthèse sur la Vierge : elle a tout donné d'elle-même, son amour, sa maternité, sa prière, son silence : c'est par ce silence qu'elle est tellement grande ; car elle nous introduit dans l'inconnu de Dieu, non par des mots, mais par sa vie et son humilité silencieuses.

 

Conclusion

Marie a été RABROUEE plusieurs fois par Jésus qui, peut-être, était étonné de constater que la Vierge ne comprenait pas toujours la différence fondamentale qui existait entre son fils et elle. Où a-t-elle pris le courage qui l'a aidée à dépasser les mouvements d'humeur de son fils qui étaient en fait, pour elle des humiliations ? Nous pensons qu'elle prenait son courage dans ce PUITS d'amour dont elle avait bénéficié pendant les trente années de la vie PRIVEE de Jésus avant le début de sa vie PUBLIQUE ; rappelons simplement : « Jésus avait environ trente ans lorsqu'il commença son ministère (Luc 3,23). Il est important d'avoir en mémoire ces trente années où Jésus et Marie ont vécu très proches, et que Marie a pu sans cesse saisir les regards pleins de tendresse et d'amour dont son fils la comblait. Il faut bien comprendre ces rapports d'intimité pendant lesquels Jésus posait sur Marie des regards pleins d'amour divin et humain. A cet endroit il ne faut pas oublier que Jésus était vraiment homme et qu'il avait parfaitement perçu que l'être humain a besoin d'aimer ET d'être aimé, car sa colonne vertébrale, c'est l'amour.

L' amour et l'humilité sont les deux grands axes qui doivent guider notre vie si nous voulons suivre l'Evangile. Implorons l'aide de Jésus et de Marie. Nous avons grandement besoin de leur appui.

Claude Bédat