La prière : Nicodème de Claude Bédat - Octobre 2016

I - Jean-Pierre LEMAIRE (né en 1948)

Il ne cesse de chercher la fenêtre étroite où Dieu « s'est voulu prisonnier » avec lui ; il quête l'Esprit « avec les pas de Dieu qu'on entend le matin ». Il cherche à relire sans cesse le silence pour y puiser de nouveaux signes à attendre . Ses poèmes sont une interrogation de l'essentiel : « comme la fin approche, il est temps d'élever notre cœur honteux au-dessus de nos yeux, pour le hausser jusqu'à celui de Dieu ».

Dans le poème que nous citons l'auteur imagine quelles ont été les réactions de Nicodème (voir Evangile de Jean chap. 3, l'entretien de Jésus avec Nicodème et Jean 19,39 pour la Descente de croix).

Nous étudions ce poème en utilisant les ouvrages de l'Abbé Maurice ZUNDEL (+ 1975) grâce à qui nous comprenons ce qui est traité dans l'Evangile. L'homme ne peut pas connaître Dieu s'il ne se libère pas de lui-même ; qui est Nicodème ? Un Docteur de la Loi qui s'est penché toute sa vie sur les Ecritures pour les interpréter. Il vient dialoguer avec Jésus, mais de nuit, pour ne pas être reconnu et il commence à complimenter Jésus pour ses miracles, or Jésus n'envisage pas de parler de ce problème et pose une exigence : « nul ne peut voir le règne de Dieu s'il ne naît de nouveau ».

Cela veut dire que la connaissance des Ecritures que peut avoir Nicodème est insuffisante s'il ne se transforme pas, s'il ne renaît pas. Il faut qu'il subisse une transformation qui lui donnera un nouveau regard qui lui permettra de découvrir en Jésus-Christ celui qui est annoncé par l'Ecriture et qui est devant lui, mais qu'il ne peut reconnaître que s'il devient intérieur à lui-même.

Ce texte nous parle donc de la libération que nous devons opérer en nous : tous, nous devons nous libérer de nos limites, de nos obscurités, de ce moi qui nous emprisonne ; il faut nous laisser remplir par Dieu. Nous retrouvons ici l'enseignement de Saint Augustin : « Tu étais au-dedans de moi, mais moi, j'étais dehors » (les Confessions).

C'est ce passage au-dedans de lui-même qui met Saint Augustin en face du vrai Dieu et lui fait reconnaître Dieu comme la VIE de sa vie : « vivante sera désormais ma vie, toute pleine de TOI » (Les Confessions).

Il faut que nous arrivions à nous vider de nous-mêmes pour être complètement libérés : alors nous pourrons respirer la lumière au contact du Dieu intérieur à nous-mêmes.

L'épisode de Nicodème nous pose en face du grand problème qui nous concerne tous : nous débarrasser de notre moi propriétaire, nous libérer de nous-mêmes car nous avons dit trop facilement et avec beaucoup d'orgueil, depuis notre enfance JE et MOI qui ne reposaient, la plupart du temps, sur aucune expérience personnelle et vécue.

 

Poème

Nicodème

Je n'ai jamais su L'approcher que de nuit

vivant ou mort, le jour séparait deux versants

celui où Il marchait au milieu des moissons

en froissant les épis avec Ses disciples

guérissait sur la place publique le jour du Sabbat

et l'autre, où nous parlions de Lui au Sanhédrin

avec réprobation, jusqu'à l'arrêt de mort.

J'enviais Sa vie au soleil, dans le vent.

J'aurais bien voulu passer DE SON CÔTE

par un tunnel invisible à mes proches

comme si je rentrais dans le sein de ma mère

pour sortir au vrai ,jour. LUI parlait de renaître

du souffle ou d'en haut. Je n'ai pas compris

jusqu'au soir où je L'ai descendu de la croix.

Nous avions tué notre dernière chance

mais le vent soufflait dans la vallée close.

Il souffle toujours. On croise des gens

qui courent même après le coucher du soleil.

ou avant son lever, porteurs de nouvelles.

Moi je suis devenu disciple sans bouger :

c'est LUI qui a dû creuser le tunnel.

Je reste au Sanhédrin, à la synagogue.

J'annonce le pardon de Dieu à mes collègues

pour notre ignorance. Je vieillis encore

mais sereinement, sans chercher d'autre issue :

SON VISAGE nocturne éclaire mes jours.

 

Claude Bédat