La Prière - Maeterlinck et Pozzi de Claude Bédat - Aout 2016

Nous présentons aujourd'hui deux poètes, l'un très connu, Maurice MAETERLINCK et l'autre, moins, Catherine POZZI.

I - Maurice Maeterlinck (1862-1949)

Il exerça peu son métier d'avocat et devint célèbre surtout par son théâtre : entre autres pièces « Pelléas et Mélisande ».

Cependant son œuvre poétique mérite de notre part un grand intérêt, car ses poèmes ont beaucoup de charme ; il ne cesse d'interroger la mort pour en percer les mystères.

Prix Nobel de littérature en 1911 , ses œuvres poétiques sont oubliées : c'est dommage et injuste.

 

ORAISON

Mon âme a peur comme une femme.

Voyez ce que j'ai fait, Seigneur,

De mes mains, les lys de mon âme,

De mes yeux, les cieux de mon cœur.

 

Ayez pitié de mes misères !

J'ai perdu la palme et l'anneau ;

ayez pitié de mes prières,

Faibles fleurs dans un verre d'eau.

 

Ayez pitié du mal des lèvres,

ayez pitié de mes regrets ;

semez des lys le long des fièvres

Et des roses sur les marais.

 

Mon Dieu ! D'anciens vols de colombes

jaunissent le ciel de mes yeux,

Ayez pitié du lin des lombes

qui m'entoure de gestes bleus.

 

 

II - Catherine Pozzi (1882-1934)

Née dans une famille protestante à Paris en 1882, morte dans la même ville en 1934, elle fut bloquée dans sa santé en 1917 et écrivit en général ses poèmes la nuit, en guise de somnifères. Elle échangea une correspondance passionnante avec quelques grands esprits de son temps comme Paul VALERY, Rainer Maria RILKE et Pierre-Jean JOUVE.

Julien BENDA a écrit : « on trouve dans ses poèmes le sens de la perfection linéaire, si bien que, dans le terrestre, elle semblait déjà hors du temps et des caducités de la vie ».

 

AVE

Très haut Amour, s'il se peut que je meure

Sans avoir su d'où je vous possédais,

En quel soleil était votre demeure

En quel passé votre temps, en quelle heure

Je vous aimais.

 

Très haut Amour qui passez la mémoire,

Feu sans foyer dont j'ai fait tout mon jour,

En quel destin vous traciez mon histoire

En quel sommeil se voyait votre gloire,

Ô mon séjour...

 

Quand je serai moi-même perdue

Et divisée à l'abîme infini,

Infiniment, quand je serai rompue,

Quand le présent dont je suis revêtue

Aura trahi,

 

Par l'univers en mille corps brisée,

De mille instants non rassemblés encore,

De cendre aux cieux jusqu'au néant vannée,

vous referez pour une étrange année

Un seul trésor.

 

Vous referez mon nom et mon image

De mille corps emportés par le jour,

votre unité sans nom et sans visage,

cœur de l'esprit, ô centre du mirage

Très haut Amour.

 

A propos de ce poème, il n'est pas superflu de marquer l'influence de la pensée de Saint-Augustin :

« Bien tard je t'ai aimée,

Ô Beauté si ancienne et si nouvelle,

bien tard je t'ai aimée.

Et voici que tu étais au-dedans, et moi au dehors ».

Confessions chap X, 27,38

 

Claude Bédat