La Prière - Poèmes Une Parole, Visage - Claude Bédat - juillet 2016

Nous présentons aujourd'hui deux poèmes de Jean MANBRINO (1923-2012).

Il est né à Londres, est devenu jésuite. Il défie le silence et traque sans arrêt « l'odyssée inconnue » de son âme. Il chante longuement la « Sainte Lumière dont la découverte couronnait un cheminement ténébreux ». Ses poèmes sont brefs et appellent à la méditation : il veut aller au fond de l'indicible pour en faire sortir la lueur des puissances de l'Esprit.

 

1er poème

Une parole

 

Une parole est descendue

Par des montagnes de soleil,

(sans que nul n'aît donné l'éveil)

Jusqu'au souffle de l'âme nue.

 

Du fond de l'innombrable aurore

Une parole toujours tue,

Timide, tendre, et confondue

Avec l'haleine de ma mort.

 

C'est l'odeur même de la nuit

Dont toute chair garde l'absence.

Que l'âme respire en silence

Quand monte l'eau de l'agonie.

 

Une parole est descendue,

Fondue en moi, timide et tendre.

Il faut se taire, il faut attendre

Que lentement flambe la nue.

 

2ème poème

Visage

Visage, nous vivons de ton absence,

Regard voilé, nous voyons par tes yeux,

Nous dormons, source, à l'ombre de tes feux

Poème, nous rêvons de ton silence.

 

Tu es l'écart entre l'âme et les mots,

Le secret qui jaillit dans nos paroles,

La rosée qui fait naître ces corolles,

L'aridité d'où fleurissent les eaux.

Immobile, c'est toi qui nous animes,

C'est toi, Printemps, qui nous apprends la neige,

Tu es le prisonnier qui nous assiège,

L'enseveli en qui le temps culmine.

 

Exilé, tu règnes sur l'étendue,

Immensité, l'enfance te ressemble,

Coeur déchiré, rompu, tu nous rassembles.

Ô plénitude, je t'adore nue.

 

La grande variété des poèmes que je présente dans « Ephata », qui sont des prières, m'amène à répéter de façon synthétique la réponse que je tiens à donner à ceux parmi vous, si nombreux, qui se posent des questions par rapport à la prière : Lorsqu'on prie, il ne faut pas se sentir liés à des formules toutes faites ni penser qu'il est indispensable pour prier le matin et le soir, de DIRE quoi que ce soit. Car, l'essentiel est de se rECUEILLIR, l'essentiel est..... d'  ECOUTER, l'essentiel est de s' EMERVEILLER (devant la nature, le sourire d'un enfant, un bouquet de fleurs...). Car lorsqu'on admire, ou qu'on s'émerveille, obligatoirement on se QUITTE soi-même, on reste suspendu à la beauté de Dieu comme le disait Saint Augustin :

« Bien tard je t'ai aimée,

Ô Beauté si ancienne et si nouvelle,

bien tard je t'ai aimée.

Et voici que tu étais au-dedans, et moi au-dehors »

Confessions, chap X, 27,38.

Claude Bédat