La prière - poèmes de Reboul et Godoy - Claude Bédat - juin 2016

Comme dans les précédents Ephata, je vous présente deux poètes catholiques contemporains, largement oubliés, mais qui méritent d'être mis en lumière.

1 - Jacquette REBOUL (1937)

Née à Valence, elle poursuit une quête spirituelle singulière marquée par le désespoir qui la pousse à écrire : « N'y a-t-il pas dans tous mes livres un seul mot qui dise nos raisons de vivre et d'espérer ? » (La nuit scintille – 1996)

Pourtant, elle n'est pas désespérée, son livre CRISTAL -1996- s'ouvre sur une phrase de Lanza del VASTO : « le monde en lui brillait comme un cristal qui montre les éclats de l'autre face ».

Elle devine l'invisible comme une « jardinière d'étincelles ». Lorsqu'elle parle dans son poème des « splendides cercueils de notre foi », on peut lui rétorquer cette phrase de Saint Paul :

« Ne savez-vous pas que vous êtes le Temple de Dieu, le Corps du Christ ? ». (1 Co 3,16)

 

Poème : Cathédrales

Vaisseaux froids, sombres et solitaires des cathédrales de province,

les soirs d'hiver, quelle piété vous entoure encore ?

Carcasses échouées d'une civilisation engloutie,

la lueur mouvante de quelques cierges.

rend plus profondes encore vos ténèbres.

Votre bestiaire est devenu silencieux.

Plus de Christ. Plus de croix.

La pierre nue où le temps se glace.

Vous êtes les splendides cercueils de notre foi.

Mais en quel lieu désormais se produira le miracle d'amour ?

 

2 - Armand GODOY (1880-1964)

Né en 1880 à La Havane, il vint à Paris en 1904 ; c'était un poète catholique, surtout d'inspiration mariale. Ses poèmes brefs laissent transparaître son émotion.

La musique de ses vers semble rappeler parfois l'oeuvre de Charles Péguy. Lui aussi, comme Jean Cayrol, tresse des louanges à la Miséricorde.

On aurait pu citer aussi ce poème :

« Je te retrouve enfin, Sainte Vierge Marie,

Comme autrefois au seuil de l'enfance fleurie ;

Mais mon corps est si las, mon âme est si meurtrie,

J'ai cherché si longtemps, sainte Vierge Marie !

 

Poème : Regina Pacis

 

Ô Reine de la Paix, fais cesser les combats,

Les combats de là-haut, les combats d'ici-bas !

Pardonne à Lucifer, pardonne à Barrabas,

Au perfide Judas, si méchant et si bas !

 

Miséricorde ! Amour ! Amour ! Miséricorde !

Que chaque arc détendu puisse embrasser sa corde

Et que le hurlement de l'ouragan s'accorde

avec le doux Zéphyr pour chanter la concorde !

 

Ô Reine de la Paix, fais cesser les combats,

Les combats de là-haut, les combats d'ici-bas,

Et sur l'azur clément et la terre fleurie,

Etends ton arc-en-ciel, Sainte Vierge Marie !

Ad vitam aeternam

Amen