La prière - Psaume 131 - Claude Bédat

Cantique des montées, de David.

1. Seigneur, je n'ai pas le cœur fier, ni le regard hautain. Je n'ai pas pris un chemin de grandeurs ni de prodiges qui me dépassent.

2. Non, je tiens mon âme en paix et en silence ; comme un petit enfant contre sa mère, comme un petit enfant, telle est mon âme en moi.

3. Mets ton espoir, Israël, dans le Seigneur, dès maintenant et à jamais.

Ce psaume paraît très simple, clair dans ses propos ; mais, derrière cette pauvreté d'expression, il cache de nombreux problèmes que nous essaierons d'élucider.

Plan :

Il est composé de trois strophes très brèves.

Dans la 1ère partie, verset 1, il y a une série d'expressions négatives définissant ce que l'homme ne veut pas être en face de Dieu. Même s'il se juge souvent tel que l'expriment ces courtes phrases : « je n'ai pas le cœur fier, ni le regard hautain » ; « je n'ai pas pris un chemin de grandeurs ni de prodiges qui me dépassent ».

la 2ème partie (verset 2) présente ce que l'homme est en réalité et veut être face à Dieu : « je tiens mon âme en paix et en silence ;  mon âme est en moi comme un enfant ».

la 3ème strophe (verset 3) étend à tout le peuple de Dieu les deux versets précédents qui parlaient de l'homme individuel.

Les problèmes posés par le psaume

Reprenons la 1ère strophe : « je n'ai pas pris un chemin de grandeurs ni de prodiges ». Le psalmiste reconnaît qu'il ne poursuit pas de grands desseins, or c'est contraire à l'ambition de tout homme qui le pousse à se dépasser, de chercher toujours à faire des choses nouvelles et plus grandes que lui.

On croit comprendre qu'il faut changer la traduction dans son ensemble : « je n'ai pas le cœur fier, je n'ai pas pris un chemin de grandeurs », ces expressions rappellent le culte des hauteurs, des idoles qui se trouvent sur les montagnes, et que les hommes prient pour avoir une protection immédiate contre les orages, la tempête, la foudre.

Donc, le psalmiste rejette ici le culte des idoles et reconnaît que le Dieu d'Israël est la seule grandeur.On lit : « je n'ai pas pris un chemin  de grandeurs ni de prodiges », ici le psalmiste tient à montrer qu'il ne cherche pas des choses éclatantes, mais qu'il se fixe sur la seule vérité qui compte, c'est-à-dire Dieu. (Nous avons déjà traité ce problème des idoles dans le N° 492  d'Ephata)

Il faut donc, dans ce psaume, chercher à comprendre ce qui se cache derrière les mots, pour retrouver le sens profond voulu par le psalmiste : il insiste sur le sens de l'absolu de Dieu, qui, seul, protège l'homme.

Et c'est en lui qu'Israël doit mettre son espoir (verset 3).

Quelles leçons en tirer ?

1 -  Il faut reprendre ici le verset 3 : « Mets ton espoir, Israël, dans le Seigneur » ; un peuple comme le peuple hébraïque, peut tout espérer et n'aura peur de rien, car c'est le Dieu infini (et non pas les idoles) qui est l'horizon de son espoir. Et nous, les chrétiens, quelle leçon pouvons-nous en tirer ?

Nous, c'est-à-dire l'Eglise.

2 -  Savons-nous, en tant que chrétiens et en tant qu' Eglise, espérer en un Dieu absolu ? Avons-nous confiance en Dieu seul ? Savons-nous nous abandonner à sa parole ?

3 -  Est-ce que j'ai confiance en Dieu ? Suis-je capable de m'abandonner à Dieu ?

En fait, n'y-a-t-il pas en moi de l'angoisse, de l'inquiétude, de la peur, qui sont le signe évident que je n'ai pas encore accepté le Dieu absolu ?

4 - Suis-je capable de rejeter les espérances vaines que je bâtis dans mes rêves, pour me livrer à Dieu avec une confiance absolue ?

Claude Bédat,

Professeur émérite des Universités, Historien de l'Art, Licencié en Théologie catholique de l'Université de Strasbourg